Il harcelait sa fille, elle le tue

Les dimanches sont d’habitude, des jours tristes et monotones. Seulement, ce dimanche 13 juin 2004 allait être à jamais gravé dans les mémoires des habitants de Derb El Maâguize, à Sidi Bernoussi, Casablanca. Ils connaissaient Mohamed, un jeune homme de dix-huit ans, qui passait son temps au quartier, à bavarder et à fumer de temps en temps un «joint» avec des voisins de son âge.
Le chômage et le désespoir sont passés par là. Pire encore, la pauvreté de ses parents n’a fait que renforcer sa conviction qu’il n’a aucun espoir à l’horizon. Et pourtant, son coeur a été bouleversé quand il a remarqué un jour Saïda qui passait devant lui. Ce n’était pas la première fois qu’il la voyait, puisqu’elle était sa voisine. Mais, pour une raison qu’il ignore, il a senti cette fois-ci son coeur battre la chamade lorsqu’il l’a vue passer devant lui. Bref, c’était le coup de foudre. Il s’est contenté cette fois-ci de la regarder, de fantasmer sur son joli corps et de contempler ses beaux yeux. Doit-il lui parler, lui exprimer son amour ? Il ne savait en réalité quoi faire.
Toutefois, il a pris la décision de la laisser tranquille.
Une promesse qu’il lui sera difficile de tenir. Pour sa part, Saïda a continué son chemin sans se rendre compte de rien. Elle savait qu’elle plaisait à la majorité des jeunes adolescents de son quartier, qui souhaitaient un simple sourire de sa part. Mais, elle prenait ses distances, ne donnait l’occasion à personne de lui chuchoter le moindre mot ou de la solliciter pour quoi que se soit. Elle connaissait bien ses limites et les respectait au point que si les uns louaient sa bonne conduite, d’autres la taxaient d’orgueilleuse. Mais cela lui importait peu. Ce qui l’intéressait, c’était qu’on la laisse tranquille.
A 23 ans, elle vit seule avec sa mère Nadia, 38 ans, divorcée depuis quelques années. Elle est son bijou précieux que personne ne doit toucher ou rêver d’approcher. Depuis son divorce, elle se consacre totalement à sa fille. Une fois, alors qu’elle venait de sortir de chez elle, Mohamed l’a suivie et, une fois loin des curieux, il s’est approché d’elle pour lui exprimer ses sentiments. La jeune fille a gardé ses réserves, tout en continuant son chemin. Au fil des jours, Mohamed n’a pu garder son calme. Il a commencé à la provoquer en insistant pour entretenir une relation amoureuse avec elle. Mais, avec le temps –et l’indifférence de Saïda -, ses provocations ont pris une autre tournure. Il ne se contente plus de lui adresser la parole, mais se permet de la toucher en la tirant parfois par les vêtements. Un comportement qui l’a rendue nerveuse, au point qu’elle l’a insulté une fois et fini par tout raconter à sa mère. Ne concevant pas qu’un chômeur, toxicomane de surcroît, embête à chaque fois sa fille, cette dernière s’est adressée à lui pour lui demander de ne plus s’approcher d’elle. Mais en vain.
Mohamed a continué à croiser son chemin de temps à autre, bien que la fille ne veuille pas lui céder, à tel point qu’elle ne le supporte plus. Quand elle rentre chez elle, les larmes aux yeux, ans en cet après-midi du dimanche 13 juin, sa mère a perdu tout contrôle de ses nerfs.
Elle s’est saisie d’un petit couteau de cuisine avant de sortir dans un état de surexcitation. En un clin d’oeil, elle s’est arrêtée devant Mohamed et, sans lui adresser la parole, elle lui a porté plusieurs coups de couteau. Elle a rebroussé chemin, laissant Mohamed perdre son sang. Alertés par les voisins, les éléments de la protection civile sont arrivés quelques minutes plus tard pour évacuer le jeune homme vers les urgences de l’hôpital, où il a rendu l’âme. Arrêtée, la mère a été traduite, mardi 15 juin, devant la Cour d’appel de Casablanca.

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