Il préfère la prison au mariage

La Chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida. Le président ouvre, ce jour de juillet, le dossier n° 163/04 et appelle Mohamed qui était au banc des accusés. La tête baissée, ce dernier avance vers la barre. À ce moment, une fille, en djellaba bleue et foulard rose, se lève des sièges réservés à l’assistance pour aller devant les magistrats sans être appelée par le président. Ce dernier la dévisage avant de s’assurer de son identité et lui demande de quitter la salle d’audience et d’attendre qu’elle soit appelée. Elle se prénomme Aïcha, âgée de vingt-cinq ans.
Selon le dossier de l’affaire, c’est elle la victime. Or, quand Mohamed est rappelé qu’il était poursuivi pour viol, coups et blessures et menace à l’arme blanche, il n’a pas hésité de se disculper. “C’est moi la victime et non pas elle“, lance-t-il à la Cour. Aussitôt, il fond en larmes. Est-il vraiment innocent ? Aïcha dit non. C’est lui son violeur.
En fait l’histoire s’est déroulée au douar Jouamaâ, à Ouled ÃŽssa, région de Sidi Âbed, province d’El Jadida. Aïcha n’était pas l’unique descendante de sa famille, mais l’aînée. Elle n’a jamais mis ses pieds à l’école, ni quitté son douar à destination de la ville. Elle a passé tous ses vingt-cinq printemps parmi ses parents, ses frères et soeurs. Lorsqu’elle est arrivée à l’âge de l’adolescence, elle est devenue l’une des cibles des jeunes du douar. Seulement, elle était renfermée sur elle- même. Elle ne dépassait pas le propre champ de la famille. Au fil du temps, elle a commencé à oser s’éloigner un peu de leur maison et de leur champ pour que Abdelkader tombe amoureux d’elle et décide de la demander au mariage. Contrairement à ses parents, elle a refusé. Pourquoi ? Personne ne savait au juste. Cependant, ses parents n’ont pas respecté son choix. Ils l’ont obligée de l’accepter. Elle a préféré rester en fiançailles durant quelques mois. Comme si elle voulait gagner du temps. Ce qui a été confirmé après. Comment ? En mai dernier, Mohamed s’est présenté à sa famille pour la demander au mariage.
Ses parents lui ont expliqué qu’elle était fiancée et n’attendait que le temps de se préparer à la nuit de noces. Ce qui n’était pas l’avis d’Aïcha. Cette dernière leur a exprimé qu’elle ne voulait plus d’Abdelkader. Ils se sont opposés à son désir. Aïcha a préféré ne pas les contrarier, mais faisait tout pour rompre ses fiançailles avec Abdelkader et renforcer sa relation avec Mohamed. Et elle y est arrivée. Elle a commencé à manifester des comportements de rancoeur contre son premier fiancé au point qu’il a décidé de mettre un terme à leur relation. Aïcha était pleine de joie de sa décision qui lui permit d’alerter Mohamed. Ce dernier n’a pas raté l’occasion pour se présenter une fois encore devant ses parents. Enfin, ils ont accepté. Et Aïcha et Mohamed sont devenus des fiancés. Il lui rendait visite de temps en temps en attendant la nuit de noces programmée pour cet été. Seulement l’irréparable est arrivée. Comment ?
Devant la cour, Aïcha a affirmé qu’elle était seule à la maison, ce matin du1er juin, quand Mohamed l’a rejointe. De coutume il était, à ce moment, à son boulot aux champs. Elle l’a fait entrer bien que ses parents étaient absents. Dépassant le seuil, il lui a demandé de fermer la porte. Elle a refusé prétextant que ses parents sont absents. Mohamed a accompli lui-même la tâche avant de lui demander de coucher avec lui. Elle s’est abstenue pour le supplier de la laisser tranquille. “Laisse cela à la nuit de noces“, lui a-t-elle demandé. Mais en vain. Il était comme un chien enragé. Il a brandi un couteau et a menacé de la blesser si elle ne lui obtempère pas. Craignant qu’elle passe à l’action par son arme blanche, elle l’a laissé faire. Sans prendre ses précautions, il a couché avec elle au point qu’elle perdit sa virginité. L’abandonnant par la suite, il a rebroussé chemin aux champs comme s’il n’avait rien commis. Est-ce la varie version des faits ? Mohamed l’a rejetée devant la cour. Il a affirmé n’avoir jamais attaqué le domicile de la famille d’Aïcha, ni de l’avoir violé et ni de l’avoir menacé à l’arme blanche. Qui l’a donc dépucelée ? “Il se pourrait que ce fût son premier fiancé“, suppose-t-il sans avoir de preuves.
Pour s’assurer de la véracité de déclarations du mis en cause, la cour lui a demandé s’il était prêt à épouser Aïcha. “Non, je ne peux pas me marier avec une fille qui m’a trahi“, dit-il à la Cour. Qui a raison et qui a tort ? Même la cour ne peut y répondre. Et pourtant, il a jugé Mohamed à deux ans de prison ferme.

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