Il tue pour l’honneur de sa mère

Il tue pour l’honneur de sa mère

Mustapha était à bord du chalutier dans les côtes de Boujdour quand son téléphone portable a sonné. “Allô !“. A l’autre bout du fil, une voix familière lui a adressé le bonjour. C’est son ami Abdellah. Que voulait-il ? Il n’a pas l’habitude de l’appeler. En un clin d’oeil, son visage est devenu livide et les battements de son coeur se sont accélérés comme ceux d’un athlète. Pourquoi l’a-t-il appelé ? En quelques secondes, les mauvaises idées ont hanté son esprit. Surtout qu’il avait demandé à son ami, Abdellah, avant son départ de son douar doukkali de prendre soin de sa mère restée seule. Il l’avait sollicité de l’appeler à chaque fois que sa mère aurait besoin de lui. Que lui est-il arrivé ? Et Abdellah a craché le morceau. “ Ta mère a été violée“. Une mauvaise nouvelle qui ressemble à une foudre, qui dépasse Mustapha. Que doit-il faire ? Il doit retourner chez lui pour soutenir sa mère et se venger de son violeur. Comment ? Doit-il se contenter de le dénoncer à la police ? Il ne sait pas au juste. Les idées sont brouillées dans sa tête au point qu’il s’est évanoui. Il n’a jamais pensé que sa mère endurerait un tel calvaire. Il l’aime au point qu’il a refusé de se marier. Il a passé presque toute sa vie avec elle. Son père est décédé, alors qu’il était encore nourrisson. C’est elle qui a veillé sur lui, en tournant le dos à un remariage, bien qu’elle était encore à son dix-septième printemps.
Elle a tout fait pour qu’il poursuive ses études jusqu’à un niveau lui permettant d’avoir un emploi digne. Elle a travaillé dans les champs pour gagner leur vie et elle a essayé d’être en même temps son père, sa mère et son frère. Un courage et une abnégation appréciés par les voisins du douar.
Bref, tout le monde la respectait, notamment qu’elle n’ait jamais cédé aux avances des jeunes qui dévoraient son corps par leurs regards. Certes, elle a été affligée quand son fils avait quitté définitivement l’école avec un niveau de troisième année d’enseignement fondamental. Mais sa tristesse n’a rien changé en lui. Il ne voulait plus y aller. Et il l’a rejointe dans les champs pour travailler et gagner sa vie. Dix ans plus tard, Abdellah n’est plus un enfant. Il est à son vingtième printemps. Le rêve de la ville a commencé à le posséder. Les dirhams qu’il gagnait aux champs sont désormais insuffisants, ainsi que ceux de sa mère. Il doit changer sa vie, ainsi que celle de sa mère, pensait-il. À la ville, il y a de l’argent qui peut l’aider à mener dans les années qui viennent une vie meilleure que celle d’aujourd’hui, concevait-il. Sa mère n’a pas pu l’empêcher d’aller à la ville. Il a déjà décidé et personne ne peut rien changer. Sa destination ? Il a décidé de rejoindre son cousin qui travaille dans les chalutiers à Dakhla et Boujdour. Avant le départ, il a demandé à son ami Abdellah de prendre soin de sa mère et de l’appeler à chaque fois qu’elle a besoin de quoi que se soit. Mustapha a rejoint effectivement son cousin, qui l’a aidé à avoir un emploi à bord de l’un des chalutiers. De fil en aiguille, il a appris le métier de pêcheur. Il ne rendait visite à sa mère qu’après quelques mois. Le travail oblige. Mais cette fois, il doit la rejoindre aussitôt, sans perdre la moindre seconde. Arrivant, la nuit, au douar, il n’a pas rejoint directement sa mère. Il a frappé à la porte de son ami Abdellah. Ce dernier lui a raconté toute l’histoire. La mère de Mustapha était chez elle, la nuit, quand elle a entendu les aboiements des chiens, pas loin de sa maison et d’une façon inaccoutumée. Que se passe-t-il en dehors ? Y a-t-il un voleur qui tente de s’introduire à l’intérieur de chez elle ou bien s’agit-il seulement d’un chat qui et passé tout près d’eux ? Pas moins de quelques minutes, le sommeil est revenu pour mettre fin à ses inquiétudes. Seulement, un instant plus tard une main étrange a commencé à tâtonner ses pieds pour monter vers ses cuisses. Rêve-t-elle?
Non, c’est la main d’un être humain. Sursautant de son lit, elle a vu l’ombre d’un homme qui l’attrape. Elle a tenté de crier. Mais en vain. L’homme a mis un couteau sur son cou et l’a menacée de mort si elle ne lui cédait pas. Qui est-ce? C’est Larbi. Elle l’a reconnu à sa voix. Elle l’a appelé par son nom et lui a demandé de la laisser tranquille. Larbi qui a allumé la lumière l’a obligée à lui céder. Après quoi, il lui a dérobé un bracelet en or avant de disparaître. Après avoir entendu l’histoire, il a rejoint sa mère. Ils n’ont échangé que des regards sans paroles. Mustapha a tout su et ne peut demander à sa mère ce qui lui est arrivé. Il en avait honte. Un moment après, il est sorti vers la demeure de Larbi. En rencontrant ce quinquagénaire, père de cinq enfants, cruel, et de mauvaise réputation.
Mustapha lui reproché son acte et l’a insulté. Et sans vergogne, Larbi lui a asséné un coup de poing. Perdant tout contrôle de ses nerfs, Mustapha a brandi un tournevis et a donné un coup juste derrière son oreille gauche. Larbi a perdu l’équilibre et est tombé par terre. Mustapha a quitté les lieux après l’intervention des voisins du douar. Transporté vers l’hôpital, Larbi a succombé à ses blessures. Mustapha a été arrêté la même nuit et traduit devant la cour d’appel d’El Jadida.

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