Il tue son ami pour un psychotrope

Il tue son ami pour un psychotrope

Il était 14h 15 en ce mardi 12 avril. Le téléphone de la salle de trafic de la sûreté de Sidi Bernoussi, à Casablanca a sonné.
«Allo ! Qui est à l’appareil ? » a demandé le policier standardiste
A l’autre bout du fil, il entendait la voix d’un jeune homme. Mais la voix était passablement inaudible. Raison pour laquelle, il a répété sa question. «Un jeune homme grièvement blessé gît dans une mare de sang au boulevard Ahl Laghlam», a crié la personne qui était à l’autre bout du fil et a raccroché sans donner plus de détail et en refusant de dévoiler son identité. Aussitôt, l’information a été lancée et les instructions ont été données à l’une des brigades pour se rendre, sans perdre une seconde, sur les lieux. En arrivant à une ruelle donnant sur le boulevard Ahl Laghlam, non loin du quartier industriel de Sidi Bernoussi, les enquêteurs ont remarqué des badauds attroupés autour de la personne blessée. Les éléments de la protection civile viennent d’arriver également. Le chef de la brigade a remarqué deux graves blessures sur le corps de la victime ; une au niveau du cœur et l’autre au niveau du rein droit. L’un des inspecteurs de police consignait dans un calepin tout ce qu’il constatait, avant de s’adresser aux curieux, qui s’abstenaient de se disperser. Il leur a demandé si quelqu’un parmi eux avait la moindre information sur ce qui était arrivé à la personne étendue par terre. Ils ont tous gardé le mutisme. Bref, personne n’est venue à lui pour donner le moindre renseignement sur la personne qui a maltraité la victime. Est-il vrai que personne n’a assisté à l’agression ou à la bagarre ? Il semblait que personne n’osait prendre l’initiative de témoigner afin d’éviter d’être convoqué d’autres fois par la police et la justice. Même les gardiens des sociétés qui étaient devant les sociétés où ils travaillent ont tous expliqué aux enquêteurs n’avoir rien vu. Comme s’ils s’étaient donné le mot : «Je n’ai rien vu parce que j’étais à l’intérieur de la société…Je ne me suis rendu compte de ce qui est arrivé à la victime qu’une fois que j’ai entendu un cri strident ». Est-ce vrai ? Peu importe pour les enquêteurs. Ce qui les intéressait d’abord, c’était d’identifier la victime et l’agresseur. Une tâche qui semblait difficile puisque, semble-t-il, personne n’a assisté à ce qui est arrivé à la victime. En principe, un enquêteur de police ne se décourage jamais. Il déploie tous les efforts pour tirer une affaire au clair et présenter les malfrats à la justice.
La victime a été évacuée vers les urgences de l’hôpital Al Mansour, à Sidi Bernoussi. Entre-temps, les enquêteurs, qui étaient encore sur les lieux en train de chercher un témoin, ont été informés que la victime a rendu l’âme suite à une hémorragie. Et l’agresseur, devenu meurtrier, devait être alpagué avant qu’il n’ait le temps d’ aller ailleurs, loin de Casablanca. Mais qui est-il ? Et qui est la victime ? Par hasard, un inspecteur de police, élément de la brigade qui se chargeait de l’affaire, a remarqué qu’un enfant suivait leurs pas. Il ne les quittait pas d’un iota. L’inspecteur de police s’est tourné vers lui et lui a demandé ce qu’il voulait et la raison pour laquelle il les suivait tout le temps. «J’ai assisté à la bagarre entre l’homme blessé et l’autre qui a pris la poudre d’escampette», lui a répondu le jeune garçon. Âgé de quatorze ans, ce dernier qui se rendait à son travail, a vu deux jeunes hommes se battre et a vu que l’un d’eux a brandi un couteau et asséné un premier coup puis un deuxième à la victime. Qui est donc ce jeune homme qui a brandi le couteau pour tuer ? Le mineur a précisé aux enquêteurs qu’il rencontrait souvent les deux jeunes à sur une carriole qui les transportait depuis douar Sekouila. Le jeune garçon a même ajouté aux enquêteurs qu’il pensait que la victime s’appelait Mourad. En un clin d’œil, les limiers se sont dépêchés à douar Sekouila pour mener leurs investigations à la lumière de ce qu’ils venaient d’apprendre. Ils sont arrivés à localiser la maison de la victime, qui s’appelait effectivement Mourad, âgé de vingt et un ans, aide-tailleur de son état. En cherchant son ami, les enquêteurs ont appris qu’il était en état de fuite. Il avait, en effet, déjà informé par téléphone sa sœur de son acte. Pourquoi ? La sœur n’avait aucune idée sur le mobile. Cette dernière, qui a accepté de coopérer avec eux, leur a précisé qu’elle a fixé rendez-vous avec lui vers 23h, juste à côté d’un terrain vague situé au quartier Al Azhar, à Sidi Moumen. Lors de sa rencontre avec sa sœur, il a été arrêté par la police. Il avait avalé quinze comprimés psychotropes. «C’est cette drogue qui est le mobile de notre malentendu», a déclaré, M.M, l’auteur du crime, âgé de vingt-deux ans. L’histoire remonte à trois jours auparavant, quand Mourad a refusé de lui donner un comprimé psychotrope. «Un seul comprimé psychotrope et pas deux», a précisé M.M.  Et un échange d’invectives s’en est suivi. M.M qui s’est senti être humilié par son ami a décidé de le maltraiter. «Mais je n’avais pas l’intention de le tuer…Il était mon ami», a-t-il affirmé aux enquêteurs. Seulement, en quelques secondes, le face-à-face a tourné au drame.
Le mis en cause a été traduit vendredi 15 avril devant la Cour d’appel de Casablanca.

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