Il viole une femme de 90 ans

La salle n°7 de la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca est archicomble. Le président de la cour a déjà ouvert cinq dossiers et appelé sept mis en cause. Mais il les a renvoyés à des audiences ultérieures soit pour la préparation de la défense, soit pour la convocation de témoins. Il est seize heures. Le président met sa main sur le dossier n° (…). Il l’ouvre, appelle : « Le mis en cause Abdelkébir et la victime Zahra… ». Abdelkébir, 33 ans, marchand ambulant, se lève du banc des accusés, s’avance d’un pas vers le box. Il est vêtu de haillons, en bleu et noir. Zahra, 90 ans, quitte sa place, avance lentement, le dos courbé.
Elle porte une djellaba bleue. Le président lui demande gentiment de quitter la salle. L’agent de la salle d’audience la soutient jusqu’à la porte de la salle.
Le président feuillette les documents du dossier, lève ses yeux sur Abdelkébir et lui dit : « Tu as déjà purgé une peine d’emprisonnement de trois ans ferme pour vol qualifié ?… ». Abdelkébir confirme par un hochement de la tête. « …Et aujourd’hui, tu es poursuivi pour ivresse, violation de domicile et viol de cette femme de 90 ans… », reprend le président. La honte fait baisser la tête à Abdelkbir. Mais le président le relance «…Allez, répond…». «Non tout est faux…», répond enfin l’accusé. Et le président d’ajouter : «Comment c’est faux ? Alors que tu as avoué chez la police que tu étais en état d’ivresse avancé…Vers vingt-deux heures, tu as frappé à la porte de la baraque de Zahra…Quand celle-ci t’a ouvert la porte, tu l’as attaquée et tu es entré de force chez elle…Tu l’as allongée par terre et sans lui laisser une seconde, tu l’as violée à deux reprises…Et c’est même ton frère qui l’a emmenée chez le médecin, le lendemain, lorsqu’il a été informé par son fils…“. Abdelkébir tressaille de peur. Le châtiment pourrait atteindre les dix ans de réclusion. Car l’article 486 du Code pénal stipule que «Le viol est l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci. Il est puni de la réclusion de cinq à dix ans…». Il tente encore de se disculper : «…Ce n’est pas vrai, Monsieur le président…Il y a six mois que je lui ai rendu visite pour lui demander la main de sa fille … Seulement j’ai découvert qu’elle s’adonnait à la débauche et je me suis retiré…C’est ça la cause essentielle de ce coup monté par sa mère…Elle a gardé, depuis, une rancune contre moi, mais je n’ai jamais pensé qu’elle arrive à m’accuser de viol…“. Rassuré de ses déclarations, Abdelkébir ajoute à l’adresse de la cour : «Je ne suis pas un animal pour violer cette vieille femme plus âgée que ma mère…J’ai vécu l’expérience de la prison et je ne veux pas y retourner…C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de devenir marchand ambulant…Comment, donc, Monsieur le président aurais-je pu avoir perpétré un acte aussi horrible que le viol de cette femme».
Abdelkébir se tait et le président appelle la victime, Zahra. Cette dernière rentre à la salle d’audience, se tient debout près du mis en cause. Ce dernier n’ose pas la regarder. Zahra prête serment et répond à une question de la cour en lâchant une information qui a fait l’effet d’une bombe sur le mis en cause : «…J’ai seulement un garçon et une fille qui est mariée depuis belle lurette et qui a des petits-enfants…».
Des chuchotements exprimant la stupéfaction parcourent la salle d’audience. Le président demande à l’assistance de se taire et donne la parole au représentant du ministère public. «…Je n’ai rien à dire, dit ce dernier, puisque le mis en cause a prétendu avoir demandé la main de la fille de Zahra alors qu’elle est son aînée et qu’elle a des petits-fils…Cela prouve qu’il est menteur et il mérite la peine maximale…».
L’avocat de la défense se lève et se contente de dire à haute voix: …L’accusation engagée contre Abdelkébir est sûrement imaginaire…». Le fait est que ni les voisins, ni la police n’ont constaté le viol. «…Il y a du doute dans cette affaire, sinon est ce qu’il y a quelqu’un qui a entendu les cris au secours de Zahra ?», demande l’avocat. Et de répondre «non» avant de réclamer l’acquittement de son client. Après délibération, la cour l’a jugé coupable. La déclaration de l’accusé sur la soi-disant demande en mariage de la fille de la victime a convaincu la cour qu’il avait menti. Il a été condamné à cinq ans de réclusion criminelle.

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