Ils manquent d’argent, ils en créent

Abdellah et Saïda sont tous deux nés en 1964. Lui, au douar Mouaneg, à Ouled Hriz, Settat et elle à Casablanca. Pensaient-ils qu’ils allaient se rencontrent un jour ? Bien sûr que non. Mais le destin en a voulu autrement.
À dix ans, Abdellah rejoint sa tante au quartier Bernoussi. Quelle coïncidence ! c’est là où Saïda est née, a passé son enfance, son adolescence, et fait ses études jusqu’au baccalauréat. Ont-ils joué un jour ensemble, ont-ils échangé un jour des regards, des invectives ? Ils semblent qu’ils se souviennent de leurs échanges de regards chez le cordonnier du quartier dans l’échoppe duquel il apprenait le métier.
Elle, venait chez lui pour réparer ses sandales ou ses chaussures ou bien celles de ses parents et ses soeurs et frères. Il est devenu, lui aussi, un cordonnier professionnel. Seulement, ça ne rapporte pas beaucoup et ne peut en aucun cas répondre à ses besoins. N’empêche que ce petit métier lui a permis de mettre quelques sous côté. Un ami lui propose d’améliorer sa situation matérielle. «Comment faire ?» s’interroge-t-il. «T’adonner au commerce entre le Maroc et la Libye» lui répond son ami. «Qu’ai-je à perdre ?» se dit-il. Il se débrouille pour avoir l’argent nécessaire, prépare ses papiers et passe à l’action. Son commerce prospère, lui rapporte de l’argent, lui permet de rencontrer d’autres gens. Son ambition est sont claire : avoir de l’argent et grimper les marches pour en avoir.
En 1998, il s’est déjà marié, a eu deux enfants, a divorcé, a adhéré à une association à caractère humanitaire. Tous cela était bon et encourageant. Seulement l’avidité est destructive.
En 1999, Abdellah s’apprête à réceptionner un important lot de chaussures vers la Libye. Mais la marchandise est saisie par la douane du port de Casablanca. C’est la catastrophe.
Tout ce qu’il a amassé durant des années s’est envolé en un clin d’oeil. Depuis il ne pense plus à aller en Libye. Mais il a besoin d’argent. Il doit en avoir par n’importe quel moyen. Et pour cela il recourt à l’escroquerie en proposant son aide aux rêveurs de l’Eldorado.
En connivence avec des conducteurs de semi-remorques, il arrive à faire passer une dizaine de personnes dans les conteneurs. C’est à ce moment qu’il rencontre Saïda. Elle est secrétaire dans une société d’import-export Casablanca. Ils se marient.
Le salaire de Saïda ne dépasse pas les 2.200 dirhams. C’est pas le Pérou. Ce n’est pas avec cela qu’ils pourront faire des folies, ni même avoir une vie convenable, « comme il faut ». Elle pense qu’elle pourrait mettre à profit ses connaissances en informatique pour améliorer leurs fins de mois. Pour ce, elle incite son mari à acquérir un ordinateur, un scanner et une photocopieuse.
De retour de son job, elle s’attaque au travail à domicile, qui consiste en la saisie de rapports et de mémoires de fin d’études pour les étudiants. Elle apprend quelques rudiments d’informatique à son mari. Mais bientôt, celui-ci, rongé par le désir et le besoin d’argent, commence à avoir des pensées qui vont bientôt tourner à l’obsession : falsifier des billets de banque. Ce serait tellement facile et cela changerait tellement leur vie ! Il propose l’idée à son épouse. Elle refuse. Mais, au fil des jours –et à force d’insister – il arrive à la convaincre. Et ils commencent le travail. A l’aide leur matériel informatique, ils arrivent à scanner et à dupliquer un premier billet de deux cents dirhams.
Abdellah se rend en compagnie d’un ami au cynodrome, à la course des lévriers. Il y achète un ticket. Personne ne se rend compte que le billet bleu est un faux.
Il retourne chez lui et incite sa femme à continuer. Et c’est ainsi qu’ils arrivent à imiter et à «créer» des billets de 20, 50, 100 et 200 dirhams. Au bout de six mois, ils se font alpaguer par la police, qui découvre chez eux une somme de 5000 dirhams en faux billets.

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