Ils ont dit : Témoignage de l’époque

L’impression que donnait la France de vouloir imposer ses décisions suivant la technique coloniale et la fermeté qu’y opposa Sidi Mohammed rallièrent au Sultan même les éléments marocains les plus réticents. La résidence jugea nécessaire de trancher le débat par la force, d’abord en ruinant l’Istiqlal, le Parti communiste et l’intelligentsia pour priver le Souverain de ses soutiens les plus actifs, puis de lancer contre le palais la meute déchaînée des caïds et des cheikhs pour faire place nette à un nouveau régime. La première offensive trouva une occasion propice, en décembre 1952, lors des émeutes des Carrières centrales à Casablanca. Dès le 6 décembre, Guillaume dénonçait dans un télégramme adressé au ministre des Affaires étrangères, que «l’agitation provoquée et entretenue par le Parti de l’Istiqlal, à l’occasion de la session de l’ONU, du discours du Trône et de la fête du Mouloud a provoqué la plus grande inquiétude dans la population française au Maroc» qui est partagée par «l’élite marocaine et, en particulier, par les chefs traditionnels». Il annonçait des troubles «que seule une politique de fermeté pourrait encore prévenir». Il s’inquiétait même que le Département «ne réalise pas la gravité de la situation actuelle», aussi, afin d’assurer le maintien de l’ordre, avait-il «décidé de maintenir provisoirement dans ses fonctions en qualité de chargé de mission M. Boniface, mis à la retraite en date du 29 novembre». Tout était en condition quand éclatèrent à Casablanca les émeutes des bidonvilles des carrières centrales, les 7 et 8 décembre 1952, qui fournirent à Boniface un motif de répression qui dépassa ses espérances (…). Au cours des événements, il fut reconnu, plus tard, officiellement que quatre Européens périrent, dont un ancien fonctionnaire qui avait tiré de deux coups de revolver sur la foule. Les victimes marocaines dépassèrent, sans doute, la centaine.

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