Ils tuent l’ami qui était devenu leur chef

Abdallah, Hassan et Ali, trois jeunes fermiers de leur état, étaient liés d’une solide amitié, depuis leur enfance passée à la commune de Oulad Ammar, sise au flanc ouest de Kénitra. Ils travaillaient ensemble dans une ferme du nom de Banani, référence à la banane, spécialité de cette exploitation agricole. Au début, ils s’entendaient bien, tellement ils vivaient en bonne intelligence dans une atmosphère où la devise adoptée n’était autre que partage de tout ce qui avait de la valeur à leurs yeux : confidence, humour, conquêtes féminines, nourriture et même les dépenses inhérentes à leurs besoins quotidiens. Toutefois, depuis le moment où Ali est nommé chef de groupe, les liens fermes qui les unissaient se mirent à se dégrader de manière perceptible. Jusqu’à même devenir empreints d’animosité et de rancoeur. Il ne restait plus de cette bonne relation d’antan qu’un simple souvenir que les deux amis d’Ali ont gardé à jamais. Eux-même n’arrivaient pas s’expliquer sur le pourquoi de cette volte-face puisque, apparemment Ali, qui leur témoignait jadis une amitié sans faille semblait retourner sa veste à leur grande stupéfaction. Est-ce en raison de sa promotion inopinée au sein du groupe de fermiers dont il a désormais la charge pour les travaux de sarclage ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, Hassan et Abdallah, jaloux de sa bonification pour son activité débordante, ulcérés depuis par l’attitude arrogante et tyrannique d’Ali vont méditer jour et nuit sur la manière de lui infliger la correction qu’il mérite en guise de vengeance. Une correction qui prendra des allures criminelles étant donné leur résolution ferme à mettre fin à sa vie. En effet, début novembre, les deux ex-amis convertis en ennemis implacables ont préparé un plan macabre dans le dessein de liquider Ali, lequel s’était permis de faire table rase de ses liens affectifs avec ses amis d’antan. Méritait-il la mort pour autant au vu d’un crime qui n’en est pas un? C’est pourtant le sort dramatique qu’il subira. Cela dit, les deux criminels en puissance invitent Ali, mine de rien, à prendre un café mâtiné de poudre insecticide pour bananiers qu’il va d’ailleurs ingurgiter volontiers sans soupçonner quoi que ce soit. Après un laps de temps, il tombe en gémissant tandis que ses agresseurs se jettent sur lui pour l’étrangler jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ali a passé l’arme à gauche et ses deux assassins ont songé à un stratagème pour dissimuler le cadavre. C’est trouvé. Ali et Abdallah ont balancé le corps dans l’Oued Sebou tout en se félicitant de leur exploit, croyant avoir commis un crime parfait. Un leurre. Après 24 heures, les services de la gendarmerie découvrent la dépouille encore identifiable, gisant sur la rive gauche de l’oued Sebou, et entament illico des investigations les menant tout droit sur les lieux du crime. Toutes les personnes du domaine agricole Banani qui ont de près ou de loin des rapports avec Ali sont donc soumises à un interrogatoire en bonne et due forme, avant d’aboutir aux présumés coupables, connus pour avoir des relations tendues avec le défunt, selon les témoignages du personnel de cette ferme. Ceux-ci passent à table et avouent avec une insoutenable froideur tous les détails du crime . En fait, ils lui reprochent d’avoir jeté leur amitié aux oubliettes et ne manifestent aucun signe de regret. Déconcertant comme mobile. Ils ont été déférés devant la chambre criminelle près la cour d’appel de Kénitra pour homicide volontaire avec préméditation.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *