Immobilier : la combine a foiré

Immobilier : la combine a foiré

Salahdine Taoufik ne sait plus à quel saint se vouer. Ce jeune juriste installé à Casablanca a épuisé toutes les voies de recours judiciaires pour être rétabli dans ses droits. En vain. Cela fait près de huit mois qu’il n’arrive pas à mettre les pieds dans son propre appartement. « J’ai investi tout ce que j’avais dans l’achat de cet appartement et je me suis endetté pour ramasser la somme de 692.430 dirhams. Tout a été calculé, l’équipement de mon foyer, mon installation définitive au mois d’août dernier…Après des mois d’attente, je ne sais plus quoi faire ?», raconte-t-il, déçu. Salahdine Taoufik a cassé sa tirelire sans douter une seconde qu’il n’allait pas jouir de son bien immobilier payé rubis sur l’ongle.  
L’affaire remonte au 3 mai 2005 lorsque le Tribunal commercial de Casablanca a mis un appartement d’une superficie de 149 m2, sis au quartier Racine, à Casablanca, à la vente aux enchères. L’adjudicataire n’est autre que Salahdine Taoufik qui l’a acheté à 700.000 DH. Une belle affaire. Content d’avoir conclu une opération très intéressante, il accomplit les procédures nécessaires à une vente publique comme il en effectue souvent. Pour lui, son domicile est dans «la poche». Mais, le chemin vers son appartement sera semé d’embûches. «Un vrai parcours du combattant !», précise-t-il. En effet, l’appartement litigieux appartient à Mohamed Amine Kadiri qui n’est autre que le fils du chef du Parti national démocrate (PND), Abdallah Kadiri.  «Au début, j’ai pris contact avec Mohamed Amine Kadiri et l’on s’est mis d’accord sur un délai d’un mois pour qu’il quitte l’appartement. Accompagné d’un huissier de justice, on s’est rendu sur les lieux. Effectivement, il commence comme convenu à déménager. Soudain, Saïd Tadlaoui, un député PND, intervient et ordonne de bloquer le déménagement. Ébahi, je demande des explications à l’huissier de justice qui me confirme que des ordres lui ont été effectivement transmis pour tout arrêter», indique M. Taoufik. Et d’ajouter: «Depuis cet incident, j’ai multiplié les contacts avec le substitut du procureur du Roi à Casablanca pour obtenir mon dû. J’ai même rédigé plusieurs demandes d’expulsion. En vain ». En effet, cet appartement a été l’objet d’un contrat d’hypothèque entre la Banque commerciale du Maroc (BCM) et Mohamed Amine Kadiri. «La “caution“ (Mohamed Amine Kadiri) déclare par le présent acte se constituer caution solidaire de l’ “emprunteur“ (Abdallah Kadiri) à l’égard de la BCM et garantir en cette qualité de caution jusqu’à concurrence de la somme principale de 800.000 dirhams», relève-t-on dans ce contrat.  Contacté par ALM, Abdallah Kadiri déclare que « Salahdine Taoufik n’a pas le droit de participer à cette vente aux enchères car il est l’avocat de la banque ». Et de renchérir : «Il a falsifié les documents pour acheter cet apparentement à 700.000 DH, alors qu’il coûte en vérité près de 1.500.000 DH !».  Pour sa part, M. Taoufik rejette en bloc les accusations du dirigeant du PND. « Ce n’est pas vrai ! Je n’ai jamais été l’avocat de cette banque. Pour l’appartement, le principe d’une vente aux enchères stipule que l’acquisition du bien saisi revient à celui qui propose plus ! », dit-il. Toutefois, Abdallah Kadiri note qu’il n’est pas question que son fils déménage. Du moins pour le moment. M. Taoufik annonce que le procureur du Roi vient de lui assurer que le problème sera réglé dans les prochains jours. Ne comptant guère baisser les bras, il a d’ores et déjà déposé plainte contre Kadiri fils. «Il s’agit d’une plainte contre le refus d’expulsion et une autre pour l’occupation depuis le mois de mai de mon appartement en plus des indemnités qui vont avec. D’ailleurs, j’ai déclenché une action judiciaire pour estimer le montant des dommages causés», lance-t-il. Mais est-il vraiment sûr que le droit est de son côté?  

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