Infanticide à Taounate

Infanticide à Taounate

Très jeune, Halima s’est jetée dans le gouffre du plus vieux métier du monde. Noyée dans l’indigence, sa famille qui habite dans un douar de la région de Taounate, avait besoin du moindre sou qu’elle pouvait lui rapporter pour la soutenir. Les siens ne lui ont certes pas demandé de se jeter dans le monde de la prostitution et de l’ivresse. Mais ils ne lui ont également jamais demandé la provenance de l’argent qu’elle leur donnait et ne lui ont non plus  jamais demandé de rester chez elle en attendant de trouver un emploi digne ou un mari. Bref, ses parents ont fermé les yeux faisant comme s’ils n’étaient pas au courant qu’elle faisait commerce de sa chair pour leur procurer de l’argent.
Ils ne lui ont jamais demandé pourquoi elle découchait de temps à autre. Cela semblait leur importer peu. Ce qui les intéressait, c’était l’argent -et rien d’autre – qu’elle leur versait généreusement.   Le parcours de Halima dans le monde de la prostitution a commencé à Taounate, à quelques kilomètres de son douar. C’est là qu’elle a commencé à apprendre les abc de la profession, comment enlever le voile de la chasteté, comment livrer uniquement son corps à un homme sans lui donner son âme contre de l’argent, comment marchander avec lui quelques minutes sur le même lit, à entretenir des relations avec des proxénètes et d’autres prostituées au point qu’elle est devenue professionnelle.
Elle a également appris à ne pas craindre un client qui manifeste sa méchanceté dans des circonstances indéterminées. Et comme toutes les filles de joie, Halima prenait ses précautions pour ne pas se faire choper par les gendarmes ou les policiers, mais également pour ne pas tomber enceinte. Elle a tout de même été arrêtée au moins deux fois et relâchée après avoir été traduite devant le substitut du procureur du Roi.
Les précautions qu’elle avait prises pour éviter la grossesse ont-elles également échoué ? Elle a réussi au départ, mais après quelques années, elle a échoué.  Pourquoi ? Elle ne se souvient de rien. Chaque client a ses propres pratiques. En même temps, il lui arrivait elle-même d’oublier de prendre la pilule contraceptive. Alors tout est possible. Que faire ? Elle a utilisé toutes les recettes des herboristes pour avorter. Mais en vain. C’était comme si le fœtus s’accrochait à elle et, partant, à la vie. Les deux premiers mois ont passé, puis le troisième, le quatrième. Pour cacher sa grossesse et ne pas attirer l’intention de ses voisins et de ses parents, elle a commencé à porter des vêtements très larges. Elle est arrivée, effectivement, à la cacher aux yeux des curieux.
Sa mère a fini par s’en apercevoir. Mais il était trop tard. Elle en était à son septième mois. C’est-à-dire à deux mois d’accoucher. 
A quelques semaines de la délivrance, elle a cessé de sortir de chez elle. Jusqu’à quand ? Au moins jusqu’à son enfantement. Quand elle a commencé à sentir les premières douleurs, elle a fermé la porte de sa chambre. Sa mère l’a remarquée. Elle l’a rejointe, l’a aidée à accoucher en silence, sans crier, sans demander ni secours, ni soutien. Elle a accouché d’un petit garçon. Sa mère déployait de gros efforts pour ne laisser personne s’approcher de sa chambre. Elle seule lui donnait ses repas et prenait soin d’elle. Mais quand elle est rentrée chez elle, trois jours après son accouchement, sa mère a remarqué que l’enfant n’était pas avec elle. Elle a tourné ses regards à gauche et à droite de la chambre et a remarqué une petite fosse. Elle a tenu sa fille entre ses mains pour l’interroger : «Où est l’enfant ? ». Halima ne lui a pas répondu et a fondu en larmes. La mère a déduit que sa fille a tué son enfant. Halima et sa mère ont décidé de garder le silence. Mais une proche qui était au courant de toute l’histoire, a remarqué, quand elle lui a rendu visite ce même jour, que l’enfant n’était pas en compagnie de sa mère.
Sans demander d’explication, elle a alerté les gendarmes. Ces derniers se sont dépêchés aussitôt chez Halima.
Son état de santé déplorable montrait bien qu’elle venait d’accoucher. Où est l’enfant? Halima leur a avoué l’avoir étranglé à l’aide d’une corde et enterré dans une fosse qu’elle a creusée seule durant les trois jours, sans attirer l’intention de personne. Arrêtée, Halima a été traduite devant la cour d’appel de Fès pour infanticide.

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