Instaurer le débat : Où va notre jeunesse ?

Notre jeunesse, à l’image d’un océan par temps calme, présente à l’heure actuelle une surface lisse :   bien sûr tout s’est agité il y a quelque 10 mois lorsque une poignée de jeunes s’est fait exploser en plein rue ou encore en novembre dernier lors des violences du match Wydad-Raja. Et même alors, le débat ne s’est guère approfondi se contentant de constats !
Ne serait-il pas judicieux de profiter de ce temps «suspendu» pour se pencher sur ce qui traverse en profondeur notre jeunesse et modèle durablement son profil présent et futur. Le temps est propice, où nous sortons d’une élection (où la jeunesse a brillé par son absence) et où nous ne sommes pas encore entrés dans une nouvelle campagne électorale. Le temps est propice pour observer, tirer des conclussions… et agir. Quid donc de notre jeunesse ?
Quasi absente de la scène politique, elle s’est depuis quelques années beaucoup investie dans le mouvement associatif  et a pris possession de la scène musicale, voire du domaine artistique, plus largement. Aujourd’hui la jeunesse s’exprime, ce qui est un acquis indéniable pourtant, écoutons attentivement ce qu’elle exprime : beaucoup plus un mal-être qu’une joie de vivre. Quand nos jeunes se précipitent en masses aux concerts de Cheb Bilal – qui chante avec leurs mots, quand eux-mêmes se produisent sur scène (rap – hip hop – breakdance…), quand ils saccagent après un match… Tout a une signification !
Que dire du phénomène «chicha», de la propagation inquiétante des drogues, des pateras qui ne désemplissent pas ?  Autant de risques papables de leur malaise, de leur fuite en avant. Autre aspect non moins inquiétant, la non-adaptation de nos jeunes au monde du travail ? respect des horaires, assiduité, acceptation d’une hiérarchie, application.. autant de notions devenues obsolètes à leurs yeux, voire inconnues d’eux.
Tout ces maux, à plus ou moins grande échelle, peuvent être recensés dans toute société identique à la nôtre, nous ne sommes pas une exception et rien de cela n’est irrémédiable : à condition qu’une fois le constat établi, nous passions concrètement aux actes. Beaucoup a été dit sur la non-participation de la jeunesse au dernier scrutin – d’ailleurs pas toujours avec justesse- mais que dire du nombre, trop élevé, de jeunes n’étant pas en possession de la carte d’identité nationale et ne font aucune démarche pour se la procurer. Quelle est donc la signification de ce « non-geste » ?
Or, même si les choses ont évolué, nous continuons malheureusement à maintenir nos jeunes dans un état d’infantilisation qui ne favorise guère leur émancipation dans le sens noble du terme : autonomie, responsabilisation, prise de décisions…
La jeunesse marocaine – notre jeunesse- est « coincée » entre courants contradictoires, options et choix opposés ; tiraillée entre modernité mal comprise et traditionnalité « obscurcie »… et livrée à elle-même face à ce «choix» qui déterminera son avenir- Car pour l’instant, faute de «balises» nos jeunes sont bel et bien perdus.
Et là où –entre autres- nos médias télévisés pourraient –et devraient- jouer un rôle d’éclaireur, c’est en fait d’absence de lumière qu’il s’agit.
Nous avons un urgent besoin de débattre, or nous ne débattons pas, nous passons notre temps à nous invectiver et à ne pas nous entendre, ni même nous écouter. Nos jeunes méritent mieux que cela : nous pouvons ne pas être d’accord sur le choix de société à leur proposer et à construire avec eux (et d’ailleurs il est clair que deux modèles s’affrontent) mais qu’au moins nous en débattions ! Une évidence ne nous saute-t-elle pas aux yeux aujourd’hui ? L’urgence qu’il y a pour tous ceux qui œuvrent pour la modernité, la tolérance, le respect des libertés individuelles, l’ouverture sur autrui… à unir leurs efforts et leurs actions.
C’est au prix de cette cohérence, de cette cohésion que les jeunes pourront faire le choix que nous leur proposons.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *