Insuline : polémique autour des prix

Insuline : polémique autour des prix

L’insuline est un médicament vital pour les personnes atteintes du diabète dit "insulino-dépendant". Ils ont besoin d’injections quotidiennes d’insuline pour survivre. Au Maroc, on compte environ 2 millions et demi de diabétiques dont une grande partie n’ont pas les moyens de payer leurs traitements médicaux. Le traitement coûte cher. Dans la pharmacie, le prix de vente de l’insuline varie entre 134 à 930 dirhams. Quatre laboratoires se partagent le marché national. Il s’agit de Sothema, Laprophan, Polymedic et Aventis.
Le laboratoire pharmaceutique marocain Sothema, représentant le laboratoire américain Eli Lilly, fabrique l’Umiline, vendu en pharmacie à 166 DH le flacon de 100 unités/ml. Autre médicament anti-diabétique commercialisé par le même laboratoire national, l’Insulète dont le coût est de 134 DH. Cependant, ce PPM (Prix Public Maroc) de l’insuline est cinq fois supérieur, sinon plus, au prix auquel le laboratoire le vend à la Commune urbaine de Casablanca dans le cadre des marchés publics. En avril dernier, la mairie a lancé un appel d’offre pour achat de l’insuline. En mai, elle a procédé à l’adjudication du marché. Sothema a été déclarée la société adjudicatrice puisqu’elle a offert le prix le plus bas, 34 DH le flacon. En comparaison avec le PPM de l’insuline, la marge bénéficiaire est très importante, elle dépasse les 250 %. Par ailleurs, l’année dernière, le laboratoire Laprophan a vendu à la mairie de Casablanca l’insuline à 48 dirhams, dans le cadre d’un marché de soumission.
Le représentant du laboratoire danois Novo-Nordisk commercialise une insuline portant les noms commerciaux Mixtard, Insulatard et Actrapid, dont la seule différence est la durée d’action du médicament. Leur prix dans les officines est de 196,70 dirhams. «Concernant les prix de l’insuline, il y a de quoi ne rien comprendre. An tant que professionnel, je suis stupéfait par cette situation plutôt insolite», lance Ahmed Benboujida, vice-président du Conseil de la ville. Et d’ajouter: «Quand le citoyen achète l’insuline à 196 DH ou à 166 DH le flacon de 100 unités/ml et la commune l’acquérit à 34 DH, on se pose plusieurs questions. Est-ce que le laboratoire gagne énormément d’argent sur le dos du citoyen ? Quelles sont alors les raisons de cette grande différence de prix ?»
Pour la direction du médicament et de la pharmacie au sein du ministère de la Santé, qui fixe le prix de vente des médicaments au niveau du privé sur la base des propositions des laboratoires pharmaceutiques, la raison est simple. «Dans le PPM de l’insuline, il faut intégrer la marge de 10 % pour le grossiste et celle des officines qui est de 30 %. C’est la raison pour laquelle le prix du médicament dans les pharmacies est élevé», argumente Abdelaziz Agoumi, directeur du médicament et de la pharmacie. «Cet argument n’explique pas l’importance de la marge bénéficiaire des laboratoires. Si on fait un simple calcul, la marge est de 40 %. Cependant, dans la réalité, la marge bénéficiaire dépasse les 200 %», rétorque M. Benboujida.
De son côté, Omar Tazi, DG de Sothema, avance deux autres arguments pour justifier le coût. «Les frais liés à la campagne marketing sont également intégrés dans le prix de vente du médicament. Nous organisons souvent des opérations de communication et de sensibilisation auprès des médecins. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le volume des marchés publics est très important. La commune a acheté un volume de 120 000 flacons et cartouches d’insuline. Alors que nous ne vendons que quelque mille de flacons au pharmacien», renchérit-il.  Autre point crucial plus étrange. Avant 2003, la commune urbaine de Casablanca a acheté l’insuline d’une concentration de 40 unités/ml à 65 DH. En principe, le prix du médicament doit augmenter en passant d’un flacon de 40 unités/ml à 100 unités/ml. Cependant, c’est l’inverse qui s’est produit. A ce sujet, l’incompréhension est totale.


 Casablanca prend
en charge 40 000 diabétiques


Dans le cadre de ses actions sociales au profit des démunis, la ville de Casablanca prend en charge près de 40 000 diabétiques. En 2006, elle a dégagé 13 millions 500 mille dirhams pour l’achat de l’insuline et médicaments anti-diabétiques oraux. «Le bureau du Conseil de la ville a instauré une commission composée de six médecins plus un gestionnaire. Ils travaillent en concertation avec tous les médecins des arrondissements pour préparer un cahier de prescription spécial (CPS) dont le but est d’avoir une qualité d’insuline à un prix bas», souligne Ahmed Benboujida, vice-président du Conseil de la ville.
En mai 2006, la ville a procédé à l’adjudication. Cependant, les médicaments ne seront livrés par la société déclarée adjudicatrice à la commune qu’en septembre prochain pour des raisons administratives. Par ailleurs, une fois la marchandise livrée, la mairie procède à la distribution des médicaments aux 16 arrondissements pour redistribuer gratuitement aux patients.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *