Intrigues contre un prof américain

Intrigues contre un prof américain

Le ministère des Habous et des Affaires islamiques se trouve au centre d’une nouvelle polémique. Le recours de ce département à un expert américain, pour le mettre au service des réformes engagées à Dar Al Hadith Al Hassania, ne semble pas avoir été du goût des détracteurs d’Ahmed Toufiq y compris au sein du ministère, selon des sources bien informées. La polémique a gagné en intensité quand Kambiz Ghaneabassiri a été appelé à animer, auprès d’autres éminents savants marocains et étrangers, une rencontre académique organisée récemment à Marrakech autour des programmes et des études prodigués aux étudiants dudit institut conformément aux nouvelles orientations du Royaume en matière de gestion du champ religieux. Des quotidiens nationaux iront jusqu’à prétendre que Kambiz Ghaneabassiri a été dépêché par la CIA pour s’«immiscer» dans les affaires intérieures du Maroc.
Des accusations qui font grincer des dents à Ahmed Toufiq. «Je refuse de prendre part à de telles futilités, mais il s’agit d’une affaire académique interne», déclare le ministre des Habous et des Affaires islamiques en ajoutant que, lors de la rencontre de Marrakech, il n’y avait pas uniquement un, mais plusieurs savants américains, africains et asiatiques. «Dar Al Hadith Al Hassania a besoin de toutes les compétences et de toutes les expertises pour améliorer son rôle et ses prestations», conclut M. Toufiq.
Mais qui est Kambiz Ghaneabassiri ? Ce jeune savant a un parcours académique des plus riches. De parents iraniens arrivés en Californie du Sud au moment où leur fils avait 10 ans, M. Ghaneabassiri a fini par s’imposer comme l’une des figures montantes de la pensée islamique aux Etats-Unis. Depuis 1997 où, doctorant à l’université de Harvard, il produira un livre sur les «Visions de l’Islam aux Etats-Unis», mais surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001 quand les Américains ont commencé à manifester plus d’intérêt pour la religion musulmane. Kambiz Ghaneabassiri fait partie des savants américains qui, pour leurs travaux et recherches, se basent sur les textes sacrés, mais aussi sur les sciences sociales, les langues étrangères et la philosophie. C’est d’ailleurs à tout ce background qu’il fera recours, dernièrement, pour répondre à la sortie du Pape Benoît XVI sur l’Islam et le terrorisme. Professeur au Reed College à Portland dans l’Oregon, Kambiz Ghaneabassiri recourt aux mêmes procédés dans les cours qu’il dispense à des centaines d’étudiants de diverses confessions.
Le malentendu autour de Kambiz Ghaneabassiri viendra du fait qu’il a effectivement été sollicité par la CIA pour travailler sur la religion musulmane et la mentalité des leaders du monde islamique. Une offre qu’il a déclinée, comme le confirme la revue du Reed College, pour ne pas perdre sa «crédibilité auprès de la communauté musulmane aux Etats-Unis». Il acceptera toutefois l’offre d’Ahmed Toufiq pour coopérer à la réforme de Dar Al Hadith Al Hassania selon les orientations royales contenues dans le dahir du 24 août 2005 stipulant, entre autres, le rattachement de cet institut au ministère des Habous et des Affaires islamiques. D’ailleurs, le même dahir dispose que l’autorité gouvernementale de tutelle, en l’occurrence le département d’Ahmed Toufiq, peut recourir à des professeurs étrangers dont la désignation doit remporter l’accord royal.
Le ministre des Habous et des Affaires islamiques et Kambiz Ghaneabassiri s’étaient connus, affirme une source informée, au moment où ce dernier était l’assistant de M. Toufiq quand celui-ci donnait des cours à Harvard. 

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