«J’ai déclaré la guerre au copier-coller !»

«J’ai déclaré la guerre au copier-coller !»

Mouna Abou Firass enseigne l’art et la manière de communiquer à des étudiants qui lui causent généralement bien du souci.
Tout d’abord celui de leur apprendre à structurer leur discours, ce qui devrait logiquement les conduire à apprendre à structurer leur pensée. Chaque jour, elle est face à cette nouvelle génération de jeunes qui ont bénéficié de l’ouverture des frontières du savoir, accélérée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Hélas, la facilité d’accès à l’information n’a pas eu que des effets positifs, loin s’en faut.
Du temps où elle faisait ses études, elle se rappelle l’inexistence d’Internet, les fastidieuses recherches en bibliothèque et la nécessité de passer par la poste pour envoyer des demandes de bibliographies aux universités et centres de recherche à l’étranger.
« Aujourd’hui, explique-t-elle, les mutations de l’environnement sont telles que notre mission a changé. Il s’agit moins de transmettre le savoir ou l’information que d’encadrer des étudiants adeptes d’étranges façons de travailler : Internet et le traitement de texte assisté par ordinateur ont fait du copier-coller la nouvelle donne d’un modèle d’apprentissage quelque peu dévoyé… »
Elle l’a constaté parce qu’elle enseigne un peu partout, dans le public, dans le privé et qu’elle intervient en tant que consultante en entreprises : « Nous sommes face à une génération de bricoleurs, qui a banalisé le copier-coller et ne se donne plus la peine d’analyser ou de synthétiser ».
Dans le cadre de l’Observatoire de recherche en didactique et pédagogie universitaire créé au sein de la Faculté des sciences de Ben Msik par le professeur Mohamed Talbi, elle a mené son enquête pour en avoir le cœur net. L’échantillon, 400 étudiants, a fourni des réponses édifiantes qui illustrent un paradoxe hélas très marocain : la baisse du niveau et la médiocrité dominante sont liés à la facilité d’accès à l’information ; la paresse intellectuelle est encouragée et la malhonnêteté légitimée ; on est en train de produire des générations d’étudiants incapables de réfléchir rigoureusement et de produire honnêtement, ce qui les conduit souvent à effectuer des recherches «rédigées sans être lues».
Mouna Abou Firass est convaincue que la réussite de la réforme universitaire est tributaire d’un changement profond de comportements.
Pour commencer, coacher les étudiants de façon à leur apprendre à utiliser l’information.
Dans la foulée, les pousser à développer le sens de la rigueur dans la relation à l’information : « Citer ses sources est une éthique à laquelle j’ai bien du mal à sensibiliser mes étudiants », déplore Mouna. Elle envisage donc de recourir à un logiciel anti-plagiat, découvert aux Etats-Unis où elle s’est rendue récemment.
L’autre constat sur lequel elle base sa stratégie de reprise en main touche à la sphère du développement personnel qui n’est que très peu pratiqué. « Il est vital, pourtant, souligne Mouna, d’apprendre à nos étudiants à se connaître, à identifier leurs atouts pour mieux les développer et leurs défauts pour les corriger ». Son objectif tient en un mot : épanouissement ! « Il est urgent de développer chez nos jeunes la confiance en soi, la confiance en l’avenir et l’aptitude à rêver pour se projeter vers demain, autrement que dans des stratégies de fuite sans lendemain…»
Docteur d’Etat en didactique et communication, Mouna Abou Firass a consacré sa thèse à « la démocratisation de l’enseignement au Maroc », sur la base d’une analyse des discours royaux de 1941 à 2002. Elle en est arrivée à la conclusion que la démocratisation de l’enseignement est davantage présente dans le discours politique que sur le terrain, où elle s’avère pratiquement impossible à réaliser. Elle cite à cet égard le développement de l’enseignement privé comme facteur aggravant d’élitisme.
Sa thèse de doctorat, aboutissement d’une longue série d’études sur l’échec scolaire, incluait d’ailleurs une proposition de programme de soutien pour la démocratisation de la réussite scolaire. Car c’est bien de réussite dont il devrait être question et non pas seulement de scolarisation. Et parce que, se demande-t-elle : « Si l’école ne favorise pas la réussite, à quoi bon ? ».

Des outils de lutte contre le plagiat
Le principe des outils informatiques de lutte contre le plagiat  repose sur la recherche de similitudes : comparer une copie d’élève fournie sous un format électronique à d’autres documents numériques pour en mesurer l’authenticité et identifier les sources probables utilisées et non citées par l’auteur.
Cette traçabilité du plagiat dépend donc fortement des contenus numériques déjà indexés par l’outil ; autrement dit le différentiel ne se joue pas dans l’input (la fourniture de la copie), ni dans l’output (le rapport d’analyse) mais bien dans le processus de comparaison : quels algorithmes ? Quels documents témoins ?
Et là l’offre oscille du logiciel à installer sur son poste de travail dans lequel l’utilisateur définit ses propres sources, à la plate-forme distante qui sonde le web visible et invisible, les bases de données avec qui des accords ont été passés et… les copies fournies par l’ensemble des établissements abonnés au système.
Séduisantes pour les enseignants, ces solutions ? Il semblerait que l’idée fasse son chemin.

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