Jalousie fraternelle

Dimanche 6 janvier. Il est 17h30. Noureddine, vingt-quatre ans, Abdelkhalek, vingt-six ans, Bouchra et Noufissa, âgées toutes les deux de dix-sept ans, conversent dans une ruelle du quartier Âouinate Al Hajjaje, à Fès. Le quatuor avait fait un tour en ville et s’était attablé dans un café. Les deux couples avaient passé une belle journée ensemble, à se divertir, à échanger des idées, à parler de leurs amours et des examens. Ils discutaient d’un tas de sujets, comme tous les jeunes de leur âge.
Les quatre copains s’apprêtent à retourner dans leurs domiciles respectifs, quand soudain, Bouchra tourne la tête et se fige comme une statue de marbre. Ses jambes ne la portent plus, elle ne peut plus ni avancer, ni reculer. Comme si elle s’était enracinée. Son frère, Abdelmalek, était là, derrière elle. Il l’a vue lorsqu’elle échangeait des bisous avec Abdelkhalek. Il avance vers elle. Ses copains les scrutent avec crainte. Elle ne bouge pas. Abdelmalek ne pense plus, son sang ne fait qu’un tour. Il s’avance encore vers elle, l’insulte, l’injurie, la tire par les cheveux, la gifle, lui assène des coups de poings et de pieds. Les badauds s’attroupent autour d’eux, interviennent pour l’empêcher de l’étrangler. Elle arrive à s’enfuir, à se réfugier dans la maison, cherchant la protection de sa mère.
Abdelmalek n’a pu avaler ce qu’il a vu, bien que lui aussi ait une relation amoureuse. Mais sa soeur, non, c’est inconcevable, inimaginable. Pour lui, c’est une question de dignité, d’honneur bafoué. Aucune de ses trois soeurs ne doit avoir de relation avec un garçon avant d’être mariée, pense-t-il.
Il semble qu’il se soit calmé, qu’il ait retrouvé son sang froid. Sa mère a essayé de lui dire que le copain de sa soeur est juste un camarade de classe au lycée. « Mais qu’est-ce qu’elle faisait avec lui le dimanche ? Est ce qu’il y a école aujourd’hui ? Non, ma mère, s’écrie-t-il. Le lendemain, lundi. Abdelmalek n’a pu chasser de son esprit l »image de sa soeur et de son copain. Elle le hante encore.
Il se rend au lycée. Seulement il n’a pu se concentrer. Il retourne chez lui vers midi, prend un couteau et sort. Personne ne se rend compte de rien. Il n’a pas déjeuné. Il commence à rechercher le copain de sa soeur, il se rend au quartier Mont Fleury où celui-ci demeure. Il le guette, attend son apparition. Mais en vain. Il lui a fallu attendre plus de quatre heures pour le retrouver enfin. Il avance vers lui. Il plante ses yeux rouges de colère dans ceux d’Abdelkhalek. Celui-ci s’inquiète, se tient debout, ne fait plus un seul pas. Abdelmalek l’interpelle. Abdelkhalek lui affirme : «tu n’as pas bien compris, on est seulement des amis, je considère Bouchra comme ma soeur. Il n’y a rien entre nous, Je te jure… J’espère que ton esprit ne pense pas à autre chose…». Mais c’était peine perdue, car, aucun mot qui sortait de sa bouche n’avait de sens dans les oreilles d’Abdelmalek. Ils marchent ensemble, Abdelmalek ne prononce pas un mot. A quoi pense-t-il ? Abdelkhalek continue à s’expliquer. Et Abdelmalek continue à ne rien entendre. Ils sont à présent dans une ruelle obscure, où personne ne passe après 21H00. Abdelmalek s’arrête net, met sa main droite derrière le dos, sort le couteau, assène un premier coup puis un deuxième dans la région du coeur d’Abdelkhalek. Ce dernier tombe, sans crier au secours. Abdelmalek retourne chez lui, y reste quelques minutes, retourne à la ruelle, s’assure que sa victime est bien morte. Puis il revient tranquillement à la maison comme si de rien n’était. Entre-temps, le cadavre est découvert. Et les habitants, qui sont au courant de l’accrochage qui avait eu lieu la veille, ont vite fait le lien entre le meurtrier et Abdelmalek. La police judiciaire est avertie. Elle procède à l’arrestation d’Abdelmalek, le met entre les mains du juge d’instruction près la Cour d’Appel de Fès.

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