Jalousie mortelle

Jalousie mortelle

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Safi. Mourad, la vingtaine, célibataire, employé de son état, se tient au box des accusés. Ses yeux fixent le président de la Cour qui feuillette un dossier. «Tu es accusé d’homicide volontaire», lui dit le président de la cour qui consulte encore le dossier. Mourad le fixe encore de ses yeux avant de répondre : «Je n’avais pas l’intention de la tuer M. le président».
Quelle intention avait-il ? La corriger avec un couteau ? Et pourquoi l’a-t-il liquidée ? Quelle relation entretenaient-ils ?
C’est en mars 2002 que Mourad a croisé Ghizlane dans un quartier de Safi. Il lui a chuchoté quelques mots mielleux à l’oreille. Pour toute réponse, Ghizlane lui a adressé un sourire qui l’a encouragé à lui proposer une relation amicale. Ghizlane ne lui a pas répondu, mais elle a gardé le sourire.
Le lendemain, Mourad était à son attente dans la rue. Il connaissait le chemin qu’elle empruntait pour aller au lycée F’kih Kanouni où elle poursuit ses études. Effectivement, il l’a rencontrée une fois encore et lui a proposé d’entretenir une relation avec lui. Elle n’a ni refusé ni accepté sa proposition. Seulement, elle est arrivée, l’après lendemain, au rendez-vous qu’il lui avait fixé. Il l’a invitée dans un café, où ils ont conversé durant plus d’une heure et demie. D’un rendez-vous à l’autre, Mourad se retrouve dans les filets de l’amour de Ghizlane. Il ne peut plus supporter de la voir en compagnie d’un collègue. Il la guette à chaque pas, quand elle sort de chez elle à destination du lycée ou pour acheter quelque chose chez le commerçant du coin, et ce à chaque fois que les circonstances lui conviennent. Il est devenu très jaloux. Un comportement qui n’a pas plu Ghizlane, qui veut être libre et non pas tributaire d’une personne. Et donc elle a décidé de rompre sa relation avec lui. Une décision qui a rendu Mourad hors de lui au point qu’il l’a séquestrée chez lui durant plus de huit heures, de 14h à minuit. Comment ? Il l’a attaquée alors qu’elle revenait du lycée, l’a conduit de force à destination de chez lui et l’a gardée dans une chambre pour lui demander de garder leur relation. Elle ne voulait plus l’entendre. Il l’a suppliée. Mais en vain. Et Mourad a décidé de ne pas la relâcher. Sa mère et celle de Ghizlane sont intervenues et l’ont supplié de la libérer. Il ne l’a relâchée que vers minuit. Après quoi, il s’est saisi d’un couteau et s’est tranché les veines de la main gauche. Seulement il a été sauvé après avoir été évacué vers l’hôpital.
Depuis, Ghizlane n’a pas pu rompre sa relation avec lui. Elle craignait qu’il ne se suicide ou qu’il ne la tue. Elle a continué à le rencontrer d’une fois à l’autre, tout en entretenant plusieurs autres relations amoureuses avec d’autres jeunes. Bref, elle est devenue ce d’aucuns appellent une fille frivole. Et la jalousie de Mourad a monté d’un cran au point qu’il l’a violentée cruellement quelques mois plus tard. Ce après quoi, Ghizlane a porté plainte contre lui. Il a été interrogé par la police. Entre-temps, il l’a vue, vers midi, en compagnie de Soufiane, un jeune lycéen qui entretient également une relation amoureuse avec elle. C’était la deuxième fois que Mourad les a remarqués ensemble. Il a tenté de réagir en avançant devant eux. Mais, il y a renoncé en attendant qu’il la rencontre vers 16h. Il avait un rendez-vous avec elle.
Mourad s’est armé d’un couteau avant d’aller chercher du “maâjoune“. Il en a acheté et l’a mangé en attendant 16h. Ghizlane, qui ne pouvait pas rater le rendez-vous, est arrivée à l’heure exacte. Ils se sont éloignés d’une centaine de mètres derrière le lycée F’kih Kanouni, juste à côté d’un terrain vague jouxtant un oued. Là, ils se sont assis sur une grande pierre et ont commencé à converser. D’un mot à l’autre, Mourad a commencé ses reproches. Il lui a dit l’avoir vue en compagnie de Soufiane et de l’avoir trompé avec d’autres garçons, de l’avoir trahi. Elle ne lui a pas répondu. Elle s’est contentée de baisser les yeux sans le regarder.
Aussitôt, il s’est levé et l’a tirée pour qu’elle se relève avant de la gifler. Sans le regarder, elle a tourné le dos et s’est apprêtée à retourner chez elle. Seulement, il l’a suivie et l’a retenue par les vêtements pour la tirer vers lui. Tentant de crier, il a brandi un couteau et lui a asséné un coup au niveau de la jambe, puis d’autres coups s’ensuivirent au niveau de la poitrine, du dos, du bras, jusqu’à ce qu’elle tombe à terre. Il a laissé derrière lui le corps sans vie lardé de seize coups de couteau. «Réponds Mourad », lui dit le président de la Cour.
Mourad a avoué son crime, en précisant qu’il n’avait pas l’intention de la tuer. Un aveu qui lui a valu 30 ans de réclusion criminelle.

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