Jamila, ou la confiance trahie

Dès sa première expérience, elle échoue. Elle s’appelle Jamila, belle et svelte au point que les coeurs des jeunes de son quartier à Tanger s’attachent à elle et s’accrochent à ses pas quand elle passe devant eux. Seulement, nul ne peut la suivre, la racoler, la détourner de ses bonnes moeurs et comportements. Bref, elle respecte et se respecte. Comme à l’accoutumée, elle se rend cet après-midi du mois de janvier de l’année en cours à son job. Elle se souvient de ce jour comme s’il était hier bien qu’elle ne se rappelle pas bien de sa date précise. Elle n’oublie pas lorsqu’un jeune homme a osé la croiser sur son chemin, lui adresser des paroles qu’elle avait déjà entendues des autres jeunes. « Salut, je suis ravi de te parler». Elle feint de ne pas l’avoir entendu, ne lui jette même pas un simple regard. La tête baissée, elle poursuit son chemin. Le jeune homme rebrousse chemin, la laissant tranquille. Non pas une fois pour toute, mais pour la suivre le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite jusqu’au jour où elle a cédé à lui répondre. Il s’appelle Abdelghafour, âgé de 24 ans. Depuis qu’il a quitté les bancs de l’école, il a rejoint le commerce de son père. Leur relation est restée innocente. Ils se contentaient à sortir ensemble, s’attabler dans des cafés, ou flamer dans des jardins. Il a tenté à maintes reprises de la solliciter à partager avec lui le même lit. Seulement, elle refusait à chaque fois. Au bout de onze mois, elle s’est rassurée qu’il a des bonnes intentions, l’aime, l’adore, rêve qu’elle soit son épouse. « Je t’aime et je ne me marierai qu’avec toi», lui confie de temps en temps au point qu’elle s’est noyée dans une mare de rêves. « Tu doutes encore de moi ? », lui demande-t-il quand ils s’attablent dans une café à Kasbat. Elle baisse sa tête sans répondre. « Tu veux que je te trompe avec une prostituée? C’est le chemin le plus simple si tu refuses de passer des moments avec moi », lui dit-il clairement. Et comme s’il lui a touché l’essence de ses sentiments, il lui a excité la jalousie. Et sans trop de discussion, elle l’accompagne cette fois. Plein de joie, il la conduit vers un snack pour lui acheter un sandwich et une cannette de limonade. Avant de partir, il paie deux autres cannettes et conduit Jamila chez lui. Sa famille était absente. Il ne rate pas l’occasion pour lui exprimer pour la énième fois son amour, lui parler de son coeur qui bat la chamade. Quleque minutes plus tard, il ouvre les deux cannettes et lui demande de faire un tour dans la maison qui sera la sienne dans l’avenir. Lorsqu’elle est retourné près de lui, elle a pris quelques gorgées de limonade. Tout à coup, la terre tourne devant ses yeux. Elle tente de se relever. Ses pieds titubent. Qu’est-ce qu’il lui arrive ? Elle ne sait rien. Elle perd conscience. C’est ce que cherchait Abdelghafour. C’est lui qui a préparé le coup. Quel coup ? Elle aussi, n’a pas trouvé de réponse quand elle a repris conscience. Elle tourne ses yeux autour de la chambre, lance un regard sur son corps. Elle se surprend. Elle est complètement nue et des gouttes de sang sur son maillot. Elle reste bouche-bée, ne savait même pas si elle devait crier ou garder le mutisme. Comment a-t-elle pu le croire tout ce temps-là ? Mentait-il et pourquoi ? «Ne crains rien, je vais t’épouser. Fais-moi confiance», lui dit-il tentant de la calmer. Elle demande des explications. Mais il ne répond pas. Il ne lui explique pas qu’il ait mis un somnifère dans sa cannette de limonade. Que va-t-elle dire à ses parents ? Devra-t-elle regretter cette relation qui vient de finir mal ? Abdelghafour tente une fois encore de la calmer quand il voit quelques larmes qui coulent de ses yeux. Mais c’est trop tard pour elle. Le croit-elle ? pense-t-elle quand elle rentre chez elle. «Non», se dit-elle, avant de se présenter devant sa mère pour lui révéler sa mésaventure qui a mal fini. Aussitôt, la mère conduit sa fille à la police pour déposer plainte. Abdelghafour est arrêté.

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