«Je ne suis pas que la soeur de Thami»

Derrière ses lunettes de vue filtre un regard à la fois doux et malicieux, mais où l’on peut en même temps lire toute sa détermination. Bouchra El Khyari est agacée qu’on lui rappelle à tout bout de champ qu’elle est la soeur du secrétaire national du FFD. «Je suis la soeur de tous mes frères et soeurs !», martèle-t-elle nerveusement. Un cri du coeur. «Je suis évidemment fière d’être la soeur de Thami El Khyari», se révolte-t-elle, en estimant toutefois que vues sous ce seul angle, les choses prennent l’allure d’une injustice réductrice. Et particulièrement à l’égard de son passé militant. Et de son parcours actuel. Car cette Tazaouie de 45 ans est tombée très jeune dans la marmite du militantisme. Son défunt père, ancien résistant, est le fondateur de la section Taza de l’Union nationale des forces populaires (UNFP).
Dès l’âge de 14 ans, elle goûtera aux joies du militantisme et elle adhèrera au Parti de la Libération et du Socialisme (PLS), qui deviendra ensuite le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS). Viendront ensuite les temps et la ferveur de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) qu’et les «corpos», elle connaît bien. Elle quitte la faculté de droit de Fès pour se diriger vers l’Institut Supérieur de Journalisme (ISJ) de Rabat.
Après quatre années d’études, elle atterrit au ministère de l’Information où son appartenance à la gauche et ses activités militantes lui valent d’être mise au placard. On est même allé jusqu’à lui demander de se contenter de coller des enveloppes ! Elle feint de s’en accommoder et continue son bonhomme de chemin. Un chemin qui lui fera rencontrer Moulay Ahmed Idrissi, un ancien militant de la gauche, revenu d’exil en 1979. Ce docteur-vétérinaire deviendra le père de ses deux enfants Yassine, 19 ans, et Lamia, 17 ans. Une vie de famille quelque peu perturbée par l’activité incessante et la disponibilité que requièrent ses nombreuses responsabilités, dont celle de présidente de l’Association des lauréats de l’ISJ (elle ne l’est plus) et de l’Association «OFOQ» pour le progrès de la femme.
Vint le temps de la création du FFD -fondé par son frère, qu’elle suivra – précédé de celle de l’hebdomadaire arabophone «Al-Mounaâtaf», qui deviendra quotidien après la mise sur pied du parti. Et c’est tout naturellement que l’on retrouve Bouchra aux commandes (aux côtés de plusieurs militants) du «canard». Il fallait faire vite et bien, parce que les élections législatives de 1997 étaient déjà en vue. Elle s’occupe de la mise en place de comités féminins dans toutes les régions du Maroc. Le travail sur le terrain, elle connaît également. Ce sera déterminant pour la suite. De par sa formation et son expérience, elle devient en quelque sorte la conseillère en communication du parti. Mais c’est le premier congrès féminin du FFD qui la consacre en juillet 2002.
Réunissant 1500 congressistes, cette importante réunion la met sur les rails pour les élections législatives du 27 septembre 2002. Mais, pour être la numéro Un sur la liste nationale, la bataille était tout de même rude et il a fallu procéder au vote pour la départager avec Malika Naciri, un autre gros calibre du parti. En l’absence de consensus, le Comité exécutif a tranché entre deux de ses membres. Thami s’est abstenu de voter. Ce sera Bouchra qui conduira les femmes du FFD à l’assaut de la Chambre des représentants. Se félicitant des «signaux forts» envoyés par le Souverain à l’adresse de la femme marocaine, elle qualifie la liste nationale de «véritable révolution pour la femme marocaine, qui, avec deux députées, était sous-représentée au Parlement. «On va passer de deux à trente femmes au moins», dit-elle avec un regard amusé. Les hommes n’ont qu’à bien se tenir…

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