Johannesburg : Un bilan décevant

ALM : Beaucoup d’encre a coulé à propos de Johannesburg. De propos aussi. quels constats vous en faites ?
Pr. Iraki : Les organisateurs du Sommet de Johannesburg en ont fait un sommet comme les autres. C’est un sommet ayant pour thèmes la protection de l’environnement et le développement du câble et comme enjeux des intérêts économiques. De ce fait, le Sommet a débouché sur un double échec, commun et spécifique.
L’échec commun des sommets du genre s’est vérifié lors du débat sur les dossiers de l’agriculture. Celui-ci a été abordé sous l’angle de justifications d’une subvention de 350 milliards $ aux agriculteurs du Nord, et d’une survalorisation du savoir dans la propriété et la commercialisation des organismes génétiquement modifiés (O.G.M). Les pays économiquement faibles perçoivent, il faut le rappeler, 54 milliards de $ comme aide. Celle-ci est à la fois orientée et conditionnée.
L’Afrique recèle l’essentiel des ressources naturelles résiduelles de la planète. Elle contribue pour 1% à l’économie mondiale. De sorte qu’on puisse référer à l’approche du débat sur l’agriculture un renforcement des disparités spatiales et sociales, d’une part, et de l’hégémonisme, d’autre part. Or ce sont les deux principaux facteurs de nuisance à l’environnement et d’enfoncement dans la misère de la majorité des populations.
L’échec spécifique du sommet de Johannesburg est en rapport avec la modification de son ordre du jour.
Lors de cette manifestation, la première du genre en Afrique, le thème initialement prévu s’articulait autour de l’évaluation, le réajustement et, éventuellement, la révision de la stratégie de Rio sur la coopération mondiale pour la protection de l’environnement et le développement durable. Les indicateurs enregistrés depuis 1991 laissaient entrevoir un plus grand sérieux, un plus grand réalisme et des engagements concrets. Rien de cela n’a été, bien entendu, traité.
Outre ce double échec, on retiendra un fait nouveau et de bonnes dissertations. Le fait nouveau est l’alliance d’une grande ONG mondiale de protection de l’environnement avec des multinationales. Les bonnes dissertations ont traité des malheurs de l’humanité et des stratégies requises pour garantir une équité intergénérationnelle. L’un des facteurs objectifs de celle-ci, l’équité intergénérationnelle, a été pris en compte dans un plan d’action de lutte contre la pollution et la pauvreté. L’adéquation entre les objectifs et les moyens pour y parvenir ferait comme d’habitude l’objet d’une réflexion, à part!
Quelles leçons pour le Maroc?
Le Sommet de Johannesburg serait un grand succès si on retenait trois leçons. La première leçon est de ne plus compter que sur soi. La deuxième est d’améliorer sa propre force de négociation dans le débat mondial sur l’environnement et le développement durable. La troisième leçon est de se doter de moyens humains et matériels performants pour relever le défi du développement durable.
Je me réjouis d’ailleurs des déclarations faites par la délégation marocaine lors du déroulement des travaux et à la clôture du Sommet de Johannesburg. Elles me semblent aller dans ce sens.
Le plan d’action national pour l’environnement (P.A.N.E.), présenté dernièrement, est-il pertinent ?
Le P.A.N.E. serait pertinent s’il s’articulait autour de la prévention du risque environnemental. Cela ne veut pas dire qu’il faut ignorer la gestion des dégâts et des risques environnementaux. Il importe simplement de souligner que le Maroc perd plus qu’il ne gagne dans son inter-relation avec son environnement. Il tirerait un profit considérable du rétablissement de l’ordre naturel en faisant de l’environnement le critère d’éligibilité des projets de développement sectoriel. Les indicateurs disponibles prouvent en tout cas l’échec des démarches verticales. Elles ont contribué dans la majorité des cas à l’épuisement des moyens dans l’insatisfaction des besoins. Je me permets de rappeler que le P.A.N.E. a bénéficié d’une telle orientation dans sa conception. Il convient simplement de vérifier si elle a été prise en compte dans sa formulation définitive. Et c’est cela qui fera, à mon sens, la pertinence ou non du P.A.N.E.
Quelles suggestions faites-vous pour plus de crédibilité ?
Les indicateurs disponibles révèlent que la crédibilité du développement durable du Maroc passe par une politique de l’eau orientée par la restauration des équilibres spatiaux.
C’est d’ailleurs de la réalité de ceux-ci que le Maroc a tiré profit jusqu’au XV ème siècle. Leur perte plus tard, d’une manière ou d’une autre, a débouché sur une accumulation de déficits. Le reste est une affaire technique. Il a des solutions. Il faut simplement se convaincre de la gravité pour nos enfants d’une vision de développement spatialement et socialement relatif.
Les incitations sont le mimétisme des pays du Nord mais sans la régulation et la révision opérées par ceux-ci. La politique éclairée de régionalisation de S.M le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, va dans le sens du développement durable. Il importe que chacun prenne ses responsabilités par ailleurs.
Quels messages transmettre ?
La conception et la réalisation du message sur l’environnement et le développement durable suscitent des interrogations. La diffusion des messages sur la responsabilité et le civisme par exemple n’a jamais été aussi large. Elle n’a jamais trouvé autant de preneurs.
Les constats, et surtout les indicateurs des centres de référence compétents, n’ont jamais été aussi angoissants. Le contraste avec le triomphalisme suscité par des progrès scientifiques, d’une part, et par la réalité ou plus souvent l’espoir d’une prospérité, d’autre part, est total.
Les messages pertinents ne paraissent, dès lors, concerner d’abord les professionnels de la communication sur l’environnement et le développement durable. Deux rappels sont fondamentaux. Le premier est relatif à l’environnement en tant que clef du développement durable, mais aussi de compétition implicite ou explicite, déguisée ou déclarée. Les attitudes spontanées sont des attitudes de prédation. Les attitudes réfléchies s’inscrivent au mieux dans un compromis équitable.
Le deuxième rappel est relatif au développement durable. Celui-ci ne s’ordonne pas. Il ne s’achète pas. Il ne s’impose pas. Il ne répond pas à la manoeuvre et aux mensonges. Il se construit dans un projet partagé trans-générationnel.
Le respect de l’intelligence et de la motivation du destinataire du message est par conséquent une condition de succès. Le reste deviendrait une simple affaire technique. Il convient simplement de soutenir les messages par des réalisations concrètes.

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