Karchaoui, mon maître rêvé

Karchaoui, mon maître rêvé

Si Mustapha nous a quittés à l’âge de 66 ans. On le savait malade, très malade, mais le coup est rude. Pour M.Karchaoui, la fin de la vie a été un calvaire, il a perdu sa campagne, une femme d’une abnégation absolue, il a quitté le parti auquel il a donné toute sa vie, puis il a chopé sa maladie, probablement en conséquence de toutes ces vilénies Si Mustapha nous lègue ses écrits biensûr, mais surtout l’exemplarité d’une vie de militant. Dès son jeune âge, il rejoint le «Tihad».
Organisateur hors-pair, il est avec des gens comme Saâdallah, feu Ouadiaâ, Nouamane et feu Omar Benjelloun, la cheville ouvrière d’une organisation en perpétuelle reconstruction, parce que victime d’une répression ininterrompue. Il est aussi la cheville ouvrière de la presse du parti  journalistes gestionnaire, il est de tous les coups, de toutes les tentatives. Je n’ai jamais eu le privilège de côtoyer Mustapha Karchaoui dans une rédaction, cela restera une tare indélébile dans mon cursus professionnel car l’homme était, de l’aveu de tous ses disciples, un «patron» idéal. Il discutait tout, mettait son immense savoir au service des journalistes, les entourait d’une affection non feinte et les soutenait quelle que soit la conjoncture. Mohamed El Brini racontera sûrement cette facette de l’immense bonhomme que nous venons de perdre. Les militants de gauche ont, eux aussi, perdu un symbole du militantisme, dévoué, dépourvu de toute ambition purement personnelle, Mustapha Karchaoui a été un acteur principal de la vie de son parti pendant près de 40 ans. Il a subi toutes les campagnes de répression dont le parti des forces populaires a pâti.
A chaque fois, il a repris son bâton de pèlerin pour rebâtir. Il l’a fait sans aucune concession quant il était en désaccord. Il a affronté le Fkih, après avoir vécu dans sa chair le coût de ses errements, il s’est dressé face à Amaoui quand il a perçu les tentations suicidaires du populisme. Et puis advint l’improbable, Si Mustapha a remis le tablier. «Al Ahdat» devrait republier sa lettre de démission. Karchaoui est parti, non pas sur un désaccord formel, mais parce qu’il ne comprenait plus» Les tripatouillages, la politique sans principes, les luttes fratricides pour des maroquins, le refus du débat, l’abandon des revendications populaires, tout cela dépassait son entendement. Il refusait la mise à mort programmée de ce qui a été le mouvement où se reconnaissent de larges couches sociales. Je pense que c’est ce constat là qui l’a précipité dans la maladie. Il a quitté ses responsabilités au parti, ce qui donnait sens à sa vie. L’homme va le faire à sa manière : il se retranche dans le silence. Combattant la maladie avec rare courage, il s’est refusé à toute vie publique depuis son départ du bureau politique. Aujourd’hui, la presse perd l’un de ses pères fondateurs, la politique un monument à l’ancienne, le Maroc l’un de ses fils les plus dévoués. Moi, je perds un maître, un grand frère, une référence. Si Mustapha était tout cela et bien plus pour moi. Qu’il repose en paix.

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