La course contre la montre de Gajmoula

Madrid. 14 novembre 1991. Tout est calme dans la capitale espagnole sauf qu’à partir de cette ville, une onde de choc va ébranler les dirigeants du Polisario à Tindouf. Une femme et non des moindres va démonter que tout ce qu’a construit l’Algérie avec le Polisario n’est qu’un château de sable dans le désert. La surprise était amère quand Gajmoula Ben Abbi, membre du bureau politique du Polisario et présidente de l’union des femmes «sahraouies», a donné une conférence de presse impromptue.
Répondant à l’appel de feu SM le roi Hassan II «la patrie est clémente», Gajmoula a annoncé son retour à la mère patrie après avoir découvert la farce de Mohamed Abdelaziz et de ses protecteurs les généraux algériens. La nouvelle de la « défection  » de Gajmoula est tombée tel un couperet à Tindouf et à Alger. La femme qui occupait des postes importants dans les structures de la créature algérienne a sauté sur la première occasion pour retrouver les siens à Rabat, Laâyoune, Tanger et Casablanca.
Certes, Gajmoula n’est pas la première des dirigeants du Polisario qui ont abandonné les dictateurs d’un Etat fictif, mais elle est la première femme de cette envergure à revenir à la réalité… marocaine. Depuis, elle n’a pas cessé de militer à travers le monde pour dénoncer la situation critique des séquestrés marocains à Tindouf et les violations des droits de l’Homme perpétrées par les dirigeants du Polisario.
À l’intérieur de son pays, elle a retrouvé la sérénité d’une militante qui travaille librement dans les circuits associatif et politique. Onze ans après son retour, Gajmoula Ben Abbi mène aujourd’hui la campagne pour les législatives au nom des femmes du mouvement populaire (MP). Comme elle dirige la liste nationale de ce parti, elle fait, comme à son habitude, le tour de la région en allant prêcher la bonne cause du MP à Tan Tan, Dakhla, Boujdour, Daoura et autres bourgades. La campagne bat son plein et Gajmoula est déjà à son cinquième meeting, dont un réservé exclusivement aux femmes. Dès qu’elle se réveille, elle parcourt des kilomètres pour aller vers ses électeurs les plus lointains, anime des meetings et préside des réunions restreintes de son staff. Une course contre la montre qui ne fatigue pas cette dame qui a l’habitude des grands voyages en Europe, aux Etats-unis où il défendait la cause des séquestrés de Tindouf dans les instances internationales.
Membre du bureau politique du MP depuis l’année dernière, Gajmoula avoue qu’elle a été toujours sympathisante de ce parti depuis 1992. et pour cause explique-t-elle : «je me suis retrouvée dans Mouvement populaire parce ce parti trouve ses racines dans l’authenticité dont je me réclame et qu’il défend en même temps la démocratie et la justice sociale. J’ai été d’autant plus attirée par ce parti que son leader Mohand Laneser m’a étonnée par sa simplicité et sa modestie». Il est vrai que l’air de la démocratie et de la liberté qu’on respire chez nous contraste énormément avec la répression polisarienne qui a provoqué les émeutes de 1988 à Tindouf. Gajmoula en est consciente, surtout avec l’avènement de l’ère nouvelle qui a consacré une transition politique sans le moindre heurt : «je suis confiante dans l’avenir de mon pays tout comme tous les Marocains qui ont repris de l’espoir après les initiatives révolutionnaires et encourageantes prises par SM Mohammed VI.
Le souverain a balisé le terrain de la démocratie, il reste aux partis et à ceux qui vont prendre la responsabilité dans le prochain gouvernement de s’atteler à la mettre en oeuvre.» La femme du Sud considère toutefois que parmi les premiers enjeux de ces élections, c’est de consolider l’Etat de droit. Il faut, explique-t-elle, que le plus humble des citoyen sente que les lois ne sont pas de simples feuilles écrites mais qu’elles sont appliquées à la lettre pour tout le monde.

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