La cupidité amère

La femme de ménage vaquait à ses préoccupations au café Mono Club, sise El Mansour Al Abidi, quartier Maârif, Casablanca. Quinqua-génaire, sincère, sérieuse et très active, elle déteste le mal. Mercredi 31 octobre, 10 heures du matin. Le gérant, Mohamed, un Tunisien, appelle T’hifa, garçon de café. « Viens avec moi à la cuisine », lui demande le gérant. Le garçon le suit. Ils se mettent dans un coin, à l’abri. «-Je veux que tu me rendes un grand service, confie le gérant au garçon. – Lequel ? – Ramadan est proche, et l’activité sera à son apogée et nous avons besoin d’argent. Pourquoi ne pas en profiter ? – Comment ? – C’est très simple, on empoisonne le patron. Il nous fiche la paix. Je le remplacerai et tu seras le gérant. Je crois que c’est bien ». La femme de ménage entend la conversation sans le vouloir. Le lendemain est son jour de repos. Mais, elle ne peut pas se taire, elle doit empêcher le mal. «Je travaille demain matin», décide-t-elle. « -Je te demande de reporter mon jour de repos au vendredi, parce que je recevrai des invités ce jour-là », dit-elle au gérant. Il accepte. Le jour J. La femme de ménage est à la cuisine. Son patron, Samir, s’attable à la terrasse du café. Il demande un jus d’orange, un verre de lait chaud et un petit pain. Le garçon le prépare, ajoute un liquide au lait chaud. La femme de ménage se faufile entre les clients pour se planter devant le patron. Elle se plie pour lui chuchoter à son oreille: « Le gérant et le garçon veulent t’empoisonner, attention! ». À ce moment, le garçon emmène la commande de son patron. Une odeur piquante exhale du lait. «Vous voulez me tuer, vous voulez me liquider, fils de ….» , crie le patron hors de lui. Le gérant et le garçon de café disparaissent. Le patron ne reste pas les mains croisées. Il garde le verre du lait, téléphone à la police. Les éléments de la deuxième brigade criminelle de police judiciaire de Casa-Anfa débarquent. Ils relèvent les premiers indices, recueillent le témoignage de la femme de ménage. Elle leur raconte tout ce qu’elle avait entendu et remarqué. L’après-midi, le patron et la femme de ménage sont au bureau de la deuxième brigade, ils se trouvent face à face du gérant et du garçon. Samedi 3 novembre, le duo est conduit vers à la Cour d’Appel de Casablanca. Les deux compères sont accusés de tentative d’empoisonnement. Le patron et la femme de ménage sortent de la Cour d’Appel après avoir relaté les faits. C’est la première fois qu’elle l’accompagne à bord de sa voiture.

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