La fausse baraka d’un charlatan

La fausse baraka d’un charlatan

Au tribunal de première instance de Khémisset, le procureur du Roi était à son bureau quand le planton lui a annoncé qu’un jeune homme accompagné d’une jeune femme et son frère souhaitent le rencontrer d’urgence. Le jeune homme était sur ses nerfs. La jeune femme semblait très en colère et son frère tentait de la calmer. Mais en vain. Le jeune homme faisait un va et vient incessant dans le couloir sans dire un mot. De temps en temps, il lançait un regard à l’intérieur du bureau du procureur du Roi. Ce dernier qui vient d’achever la procédure d’une autre affaire a donné ses instructions au planton de le faire rentrer. Le jeune homme qui tenait un papier est rentré dare-dare, suivi de la jeune femme et son frère.
Le procureur du Roi leur a demandé de s’asseoir. Impatiemment, le jeune homme lui a remis le papier qu’il tenait entre ses doigts. Le procureur du Roi le lisait attentivement. En terminant la lecture, il a levé ses yeux pour regarder le jeune homme et l’interrogea : «Où est ton épouse ?». «La voilà», lui répondit-il en montrant la jeune femme qui s’assayait près de lui. Le procureur tourna ses regards vers l’autre jeune homme. Sans attendre qu’il soit interrogé sur son identité, ce dernier a affirmé : «Je suis son beau-frère. J’étais la première personne à qui elle a confié son problème. Elle n’a pas osé le dévoiler à son mari». Selon la version de la jeune femme,  qui demeure à Tiflet, elle souffrait depuis belle lurette de troubles psychiques et de convulsions de rage. Elle n’a jamais consulté un psychiatre. Car, selon elle, ce sont les fous qui se soignent chez le psychiatre. C’est ridicule ! À longueur des semaines, son état psychique se détériorait. Pour s’en sortir, une voisine lui a suggéré d’aller chez le fkih, Mohamed. M, qui fait de l’exorcisme. «Mohamed est l’ennemi des djinns», lui a-t-elle révélé.
La jeune femme l’a crue et s’est dépêchée le lendemain chez lui. Elle voulait se guérir le plus tôt possible. Lors de la première visite, le f’kih Mohamed lui a expliqué que les esprits qui possèdent son corps ne sont pas facile à exorciser. Mais, il l’a rassurée qu’il fera tout son possible. Toutefois, la durée des séances sera, selon lui, un peu plus longue. Armée de patience, la jeune femme a commencé à le fréquenter régulièrement et suivait ses instructions. Elle le payait effectivement à chaque visite.
Le temps passait : un mois, six, ensuite une année puis deux ans. Et pourtant, aucune amélioration de son état de santé ! Elle demandait souvent au fkih des explications sur son état. Mais il se contentait de la rassurer que sa santé sera rétablie le plus tôt possible. Il faut que tu patientes. «Se réconcilier avec les djinns qui te possèdent n’est pas une simple affaire», lui répète-t-il incessamment. A chaque fois qu’elle se rendait chez lui, il lui faisait boire un produit. Quelques minutes plus tard, elle s’évanouissait et perdait conscience. Une fois, la jeune femme a demandé des explications au fkih concernant ce produit «magique». Il lui a affirmé qu’il s’agit d’un panaché d’herbes que les djinns préfèrent. Un jour après deux ans, elle a découvert quelques gouttes de sperme sur sa partie intime lorsqu’elle s’est réveillée de son profond sommeil chez le fkih. En lui demandant ce qu’il faisait d’elle quand elle perdait conscience, il a rétorqué: «Je couchais avec toi». Hors d’elle, elle s’est apprêtée à se sauver. Seulement, le fkih l’a retenue par le bras et l’a menacée pour qu’elle ne livre pas le secret à son mari. En sortant de chez lui, la jeune femme ne savait pas à quel saint se vouer.
Mais elle a décidé enfin de recourir à son frère et lui demander de l’aide. En apprenant l’histoire, ce dernier a avisé son gendre, qui a porté plainte. Le procureur du Roi a donné ses instructions, mercredi 22 juin, aux éléments de la police judiciaire à Tiflet d’arrêter le fkih. Soumis aux interrogatoires, ce dernier a nié les accusations qui lui ont été attribuées par la jeune femme. Il a expliqué qu’il entretenait une relation avec elle depuis deux ans.
Elle partageait de son plein gré le même lit avec lui. Le fkih, natif d’Agadir en 1959, marié et sans enfants, a été traduit devant la justice. Ses victimes devraient certainement se compter par centaines.

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