La femme aux trois maris

Ahmed, cinquante ans, sourit avant de quitter la salle d’audience n°7 de la Cour d’Appel de Casablanca, ce mercredi soir. Enfin, il peut rentrer tranquillement à Paris, en France pour s’occuper de ses affaires.
Depuis octobre 2000, il n’a cessé de regagner Casablanca pour suivre attentivement ce dossier n° 128/2001. C’est lui qui a mis en action la plainte contre cette femme aux trois maris. “Trois maris ?”, calme le procureur du Roi auprès du tribunal de première instance de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ lorsqu’il a reçu la première fois la plainte d’Ahmed.
1978, année de la première rencontre entre Ahmed et Naïma. Il avait vingt-huit ans et elle avait dix-sept ans. Ils se sont mariés en cette même année et quatre ans plus tard ils avaient déjà deux enfants. Il paraissait, au moins pour eux, que la vie leur sourirait. Ils ont déménagé à Nîmes, en France. Après quelques mois de chômage Ahmed trouve un job à Paris. Depuis, il ne rend visite à sa femme et ses enfants qu’une fois par mois. Une absence du mari qui risque d’avoir des retombées néfastes sur la vie conjugale.
1995, Ahmed entend que sa femme a établi une relation avec Mohamed, un RME de trente et un an. Il ferme ses yeux et également ses oreilles. Mais il n’a pas conçu que les choses arriveraient aux portes fermées. Ils arrivent déjà cette année, à avoir cinq enfants. Lorsqu’il vient un jour de rendre visite à ses enfants, il fut surpris par la police qui le conduit au commissariat une heure plus tard. Il n’a rien compris. Sa femme a décliné un arrêt de divorce pour préjudice moral rendu par le tribunal de Nîmes.
Naïma et Mohamed vivent en concubinage durant un an. Seulement les autorités françaises l’ont refoulé. Qu’est-ce qu’elle allait faire ? “Tu dois m’aider pour retourner en France“ lui dit-il par téléphone. Naïma ne perd pas de temps, non pas pour l’aider, mais pour trouver un substitut. Elle établit une nouvelle relation avec Jilali, un Algérien de soixante ans, père de neuf enfants. Mais elle n’a pas oublié Mohamed. Quant au premier mari, Ahmed, il faisait désormais partie d’un passé oublié. 1996. Naïma décide, enfin, d’aider Mohamed. Elle le rejoint à Casablanca.
“On doit se débrouiller pour contracter l’acte de mariage“ s’entendent-ils. Naïma est enceinte de trois mois ! Un certificat médical l’atteste. Mais qui est le père ?
Naïma, son frère Youssef et Mohamed se rendent au quartier des Habous, à Derb Soltan, rencontrent un Samsar des faux témoins. Il les emmène chez des Adouls au quartier El Bernoussi. Elle s’est présentée comme étant célibataire. Un acte de confirmation de mariage, daté du 28 juillet 1998, a été conclu avec des faux témoins. Les Adouls ont reçu trois mille dirhams et les faux témoins, trente dirhams chacun.
Naïma regagne la France, rejoint l’Algérien. Elle accouche du petit M’jid. “C’est ton fils“ dit-elle à Jilali. Ils décident de se marier au Maroc. Ils sont arrivés à Casablanca pour se préparer au mariage. Mais une convocation de la police l’attendait. Son premier mari, Ahmed, a porté plainte contre elle. Il la considère encore comme son épouse, car il ne l’a pas répudiée selon la loi marocaine. L’enquête policière se déclenche. Naïma, son frère Youssef, son deuxième mari Mohamed, son troisième mari Jilali, un faux témoin, et les deux Adouls ont été appréhendés et traduits devant la Chambre Criminelle.
Après huit audiences, la Cour a fermé ce dossier en condamnant Naïma et son deuxième mari à trois ans de prison ferme, le faux témoin à six mois ferme, son frère Youssef à six mois avec sursis et son troisième mari, l’Algérien, à deux mois avec sursis. Les deux Adouls furent acquittés.
Mais une question reste sans réponse : A qui appartient le petit M’jid? Le deuxième et le troisième mari ont répondu tous deux à la Cour :“C’est le mien“. Mais Naïma a tranché fermement devant la Cour :“Son père est le troisième, l’Algérien Jilali“.

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