La fin de l’épouse d’un vicieux

« …Je réclame la peine maximale contre Rachid, à savoir la réclusion à perpétuité…», requiert le représentant du ministère public. Une requête qui a plongé l’assistance, à la salle d’audience n°7 de la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca, dans le mutisme absolu.
Rached, quarante et un ans, fond en larmes. L’avocate qui le soutien, dans le cadre de l’assistance judiciaire, le console en lui tapant sur dos. Elle est convaincue qu’il est coupable. « Je demande à la cour de requalifier l’accusation d’homicide volontaire, l’homosexualité et l’ivresse à la seule poursuite de coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner… » plaide-t-elle. L’avocate fait son possible pour qu’il bénéficie des circonstances atténuantes, pour que la cour rejette la requête du parquet général.
« A toi la dernière parole», demande le juge, Mustapha Farés, à Rachid. «Je regrette Monsieur le président…Je regrette…» se contente-t-il de répondre. La cour se lève et se dirige vers la salle des délibérations. Rachid était chef d’un chantier de construction. Lorsqu’il a rencontré, la première fois, Hafida, il est tombé amoureux d’elle et ils décidèrent de se marier. Une année plus tard, un enfant vient égayer leur foyer. Ils l’ont appelé Zakaria. Seulement, une malédiction a commencé à ronger leur vie comme un virus de cancer qui grignote un corps humain deux ans plus tard. «Pourquoi tu ne m’as jamais dit que tu étais vicieux…Pourquoi ? je n’ai jamais imaginé être l’épouse d’un homosexuel…», répétait-elle souvent. Son époux ne lui a jamais divulgué ce secret ni avant ni après le mariage. «Mon mari m’a dit que ton époux est un homosexuel…» lui confie une voisine. Hafida s’est révolté quand elle a appris cette mauvaise nouvelle. Quand elle a confronté Rachid à cette réalité, il a tenté de l’adoucir, de l’attendrir. Mais en vain. Depuis, elle l’ignorait carrément. Dimanche 21 janvier 2001, Rachid buvait du vin en compagnie de son amant, Hassan, dans un jardin de Mohammedia.
A trois heures du matin du lundi 22 janvier, les deux amants ont déjà fait l’amour et vidé trois bouteilles de vin rouge et deux cannettes de bière. Quatre heures du matin, Rachid rentre chez lui, trouve sa femme en plein sommeil, il la réveille, lui demande de lui préparer le repas. Hafida se réveille. « Je ne vais rien préparer.
Laisse-moi dormir…» lui dit-elle avec un ton nerveux.Rachid commence à l’injurier puis à la frapper, à lui cogner la tête contre le mur. Ils sont seuls dans la chambre. Leur fils unique dort, il n’entend rien. L’époux ivre finit par s’endormir, laissant sa femme dans une mare de sang. Il fut réveillé par les cris de son fils qui venait découvrir l’horrible spectacle : sa maman est un corps sans âme. La cour rentre à la salle d’audience, ouvre le dossier n°1065/05/01, appelle Rachid à la barre et prononce : «Après délibération la cour t’a jugé coupable, et bénéficiant des circonstances atténuantes tu es condamné à 30 ans de réclusion criminelle». Rachid crie à haute voix : «je veux voir mon fils…», avant de s’effondrer, brisé.

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