La fin d’une petite histoire

Le sort de Mohamed Hafid est-il encore entre ses mains ? A une question apparemment vicieuse, une réponse malheureuse. Cet homme qui incarnait aux yeux de bon nombre de militants de sa génération, les valeurs de justice et d’intégrité morale, est devenu, au fil des ans, persona non grata au sein de son parti.
Pour ses amis, son éjection est le prix à payer contre un engagement sans faille en faveur d’idées, estiment-ils justes, mais minoritaires et sans résonance au sein d’une famille politique qui l’a accueilli, présenté au cercle des initiés, adopté et parrainé, mais qui a constamment attendu de lui qu’il fasse plus preuve de bon sens et de maturité politique.
Pour l’USFP, il était temps de rompre avec l’irresponsabilité et le dédoublement d’appartenance politique. Quand on n’est pas d’accord avec la ligne d’orientation générale, il vaudrait mieux choisir d’autres cieux. D’ailleurs, pour le secrétaire général et l’ensemble de ses camarades au Bureau national gelé, le choix est déjà fait. En tout cas, depuis belle lurette, le courant ne passe plus entre la direction du parti et celle de sa jeunesse. Celle-ci avait boycotté les assises du sixième congrès de l’USFP, tenu du 29 mars au 1er avril 2001 à Casablanca.
Bien avant cette date, les tractations n’ont jamais cessé entre les deux parties. Devenue quasiment «un Etat dans l’Etat», un bloc de résistance qui empêche le Parti de s’ouvrir sur de nouvelles potentialités, la Jeunesse ittihadia devait changer de peau ou disparaître, selon les dirigeants de cette formation . D’autant plus, avancent-ils, qu’elle ne cesse de perdre de l’influence dans ses terrains d’action classiques, comme c’est le cas pour l’université, l’espace associatif et le monde du travail.
Abdelhadi Khairate, actuellement membre du Bureau politique du parti, premier secrétaire général de la Jeunesse ittihadia, dans sa version moderne, issue du Conseil national de janvier 1975, tenu une semaine après l’assassinat de Omar Benjelloun, n’a pas hésité à la réduire à sa juste dimension. Dans une interview faite en septembre 2000, il s’est interrogé sur la présence de cette organisation dans les lycées, les facultés et les usines, c’est-à-dire là où elle devrait évoluer normalement . Et de rappeler, dans cette optique, sa contribution au niveau de l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc), à la création de la CDT (Confédération démocratique du travail) et à la dynamisation des activités du parti.
En se transformant en bloc d’opposition au sein de l’USFP, contre sa direction et la majorité de ses membres, le Bureau national actuel s’est enfermé dans une logique sans issue, ni avenir, dans le parti, avant de succomber, à petit feu, au fin fond d’un goulot d’étranglement. D’abord, en se privant de son moyen d’expression, «Ennachra», un hebdomadaire hostile au gouvernement d’alternance, ensuite en livrant bataille contre le Bureau politique sur le front international, Mohamed Hafid et ses amis se sont fait clouer au pilori. La naissance du Congrès national ittihadi, lui a porté le coup de grâce, en dispersant ses forces. En politique, le nombre est déterminant dans les rapports de force. Ainsi, en se positionnant en dehors de la vie partisane, le Bureau national a choisi, volontairement, la corde à laquelle il allait être pendu. Il lui reste donc deux possibilités, soit de rejoindre le CNI, soit de se contenter de l’Association «Fidélité à la démocratie». Car, selon Abderrahman Youssoufi, c’est d’une jeunesse constituant un observatoire de mutations sociales, une source de propositions et d’initiatives et une force accompagnant le changement, dont l’USFP a véritablement besoin. Mohamed Hafid n’est manifestement plus depuis longtemps inscrit dans ce schéma.

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