La forêt, un patrimoine à sauvegarder

ALM : A l’occasion de la journée mondiale de la forêt, comment se présente ce secteur chez nous?
M.Qarro : La journée mondiale de la forêt, célébrée le 21 mars de chaque année, est une occasion pour faire le bilan sur notre patrimoine forestier ; un patrimoine qui revêt une grande importance à l’échelle nationale, particulièrement par la protection des infrastructures hydro –agricoles et la conservation de la longévité des barrages et à l’échelle locale, par la garantie des conditions de survie en fournissant du fourrage pour les animaux, du bois de feu et menus produits à usages domestiques, etc. Depuis plusieurs décennies, l’on assiste à un processus de dégradation des forêts naturelles, phénomène qui devient de plus en plus alarmant du fait du déséquilibre qui a affecté la relation : Forêt – Homme. Ce déséquilibre est une conséquence de la pression qui s’exerce et de plus en plus forte sur les ressources naturelles. Ce phénomène a permis de constater une régression du potentiel forestier national qui enregistre des taux variant, en fonction des régions, de 0,1 à 1% de la superficie qui disparaît annuellement.
La déforestation progresse à grande vitesse. À quoi imputer ce phénomène ?
La dégradation des forêts est un phénomène qui est principalement causé par : La pression démographique : car la population marocaine est passée de 8 millions à l’indépendance à environ 30 millions actuellement. La population s’est donc multipliée par 4, face à des ressources naturelles inextensibles. Les besoins croissants de la population; en quantité, en relation avec la croissance démographique et en qualité, en relation avec les nouvelles nécessités de la vie en modernisation continue et qui touche de plus en plus la campagne. Le déséquilibre Agro- sylvo- pastoral : induit par la rupture des traditions pastorales et le manque de coordination entre les secteurs de l’agriculture, l’élevage et la forêt.
Quels moyens efficaces faut-il mettre en oeuvre pour y mettre fin ?
En analysant les causes de la dégradation des forêts, on constate que ce phénomène est dû à une évolution «naturelle» du milieu humain, croissance/besoins. Le milieu naturel (forêt) n’a pas connu (au moins dans certains cas) de phénomènes perturbateurs majeurs, à l’exception des périodes de sécheresse pour lesquelles le milieu naturel est bien adapté. De ce fait les solutions du problème de déforestation ou de dégradation des ressources forestières d’une manière générale réside plus dans la gestion et la réinstauration de l’équilibre Agro- sylvo- pastoral. La diversification des sources de revenus est une condition sine qua non pour limiter l’amplification de la pression anthropique en permettant de doter les paysans de moyens pour face aux besoins quotidiens de leur vie et les besoins d’entretien de leurs animaux. D’autre part, il est temps d’instaurer le principe de solidarité envers les populations des zones forestières et de montagne: Les usagers de la forêt sont contraints d’appliquer une gestion conservatoire des ressources naturelles pour qu’elles soient exploitées, directement (loisirs, récréations, sports,…) ou indirectement ( eau, bois, …) par la bourgeoisie des plaines et des villes. les usagers de la forêt n’ont-t-ils pas droit aux taxes sur l’utilisation de l’eau en aval, sur l’exploitation du bois, sur le bien-être des citadins et à des primes de conservations des ressources naturelles et de réduction des risques d’incendie, d’érosion, etc.
Les zones forestières et de montagne devront donc être prioritaires en matière de projet de développement durable et intégré pour l’amélioration de la qualité de vie des populations dont dépendent étroitement la durabilité et la conservation des ressources naturelles. Ces projets nécessiteraient sans doute des réflexions sur les structures juridiques et institutionnelles appropriées pour réussir le défi de conservation, gestion durable et exploitation rationnelle.
Quelles sont les forêts les plus touchées au Maroc ?
Les forêts les plus touchées par le phénomène de dégradation sont par ordre croissant : Moyen Atlas, Haut Atlas, Arganier, Rif et Mamora . Malheureusement la forêt de Mamora est plus touchée par la dégradation sous l’effet combiné de la pression anthropique et de la gestion forestière inadéquate.

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