La méfiance réciproque entre pays du Sahel freine la lutte contre l’Aqmi

La méfiance réciproque entre pays du Sahel freine la lutte contre l’Aqmi

La méfiance réciproque entre pays de la bande sahélo-saharienne freine la coordination indispensable entre eux pour mener à bien la lutte contre Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont les unités restent très actives dans cette immense zone désertique difficile à contrôler. Le rôle de l’Algérie, puissance militaire et économique de la région, est déterminant, mais contesté, dans ce combat : Alger a créé en avril un poste de commandement (PC) régional à Tamanrasset (sud) pour coordonner les activités de son armée, associées à celles de Mauritanie, du Mali et du Niger. Si l’Algérie – pays où l’Aqmi, qui y a ses racines, commet de nombreux attentats – affirme être favorable au renforcement de la coopération régionale avec ses voisins du Sud, elle leur reproche, surtout au Mali, une certaine complaisance à l’égard d’Aqmi. «Si nous nous interdisons d’admettre l’idée qu’il puisse y avoir une forme de complicité entre les gouvernements des Etats du Sahel et (…) Aqmi, nous pouvons par contre regretter la nonchalance qui caractérise la lutte antiterroriste dans cette contrée», écrivait récemment un éditorialiste du journal Al Watan (indépendant). En Mauritanie, au Niger et au Mali, on soupçonne a contrario l’Algérie de vouloir monopoliser cette lutte. «Nous déplorons le fait que l’Algérie veuille faire cavalier seul pour régler un problème si épineux», affirme un responsable nigérien de la sécurité sous couvert d’anonymat. Interrogé par l’AFP, le journaliste mauritanien Isselmou Ould Moustapha, spécialiste du jihadisme, souligne que les Algériens «ne sont pas parvenus en plus de 15 ans à se débarrasser des islamistes radicaux, il faut maintenant qu’ils comprennent qu’ils ont besoin de leurs voisins pour cela». La Mauritanie, qui avec l’Algérie est le pays le plus visé par l’Aqmi, a lancé il y a une semaine une offensive militaire au Mali contre cette organisation, dont une opération conjointe avec des soldats français pour retrouver un otage français, Michel Germaneau, qu’Aqmi a affirmé avoir exécuté le 24 juillet. Le PC régional de Tamanrasset apparaît comme une première étape du renforcement du combat anti-Aqmi, mais il n’y a pour l’instant pas eu d’opérations communes connues aux quatre armées et il est encore difficile de savoir précisément si toutes y sont représentées. Quatre officiers de liaison désignés par Nouakchott y sont depuis plus de deux mois, indique-t-on de source militaire mauritanienne, et le Niger y dispose «d’une force», affirme la source sécuritaire à Niamey, sans plus de précision. «La coordination est mise à mal par le manque de moyens, les pays tardent a faire fonctionner ce PC», selon Mohamed Mahmoud Aboulmaaly, spécialiste mauritanien du terrorisme. Pour être efficace, «les armées nationales de tous les pays de la zone doivent former une seule armée, déterminer les objectifs, et aller sur le territoire de tous les pays, ensemble», estime-t-on au ministère malien de la Défense. Avant d’en arriver là, le renseignement sur les unités d’Aqmi, très mobiles dans cette région semi-déserte de centaines de milliers de km2, est privilégié. Outre les moyens matériels de surveillance, il doit «aussi impliquer les populations locales et les notables», note M. Aboulmaaly, en particulier les Touaregs du Mali et du Niger, grands connaisseurs de ce terrain qu’ils sillonnent en permanence. Une participation indirecte de puissances étrangères à la région comme la France et les Etats-Unis, par la mise à disposition de moyens sophistiqués de renseignement, est généralement admise dans la région. «Les pays occidentaux peuvent nous aider, mais ils ne doivent pas débarquer», affirme un responsable au ministère malien de la Défense. «La situation peut s’internationaliser très rapidement avec l’arrivée dans la sous-région de jihadistes venus d’un peu partout dans le monde. Il faut éviter ça», ajoute-t-il.

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