La mort d’un juste

La mort d’un juste

L’immigration marocaine est en deuil. Elle vient de perdre un des brillants acteurs de sa dynamique. Agé de 38 ans et père de deux enfants, Mohamed Jamjama était l’aîné d’une famille immigrée marocaine de sept enfants.
Figure emblématique de la jeunesse marocaine de France, il était de ceux qui ont su dompter leur rage face à la désespérance pour mieux la transformer en un outil de combat : contre le quotidien morose des quartiers, pour la mise en valeur de la jeunesse immigrée, en particulier marocaine, pour la lutte contre ce kyste qu’est la discrimination. Il avait pour habitude, lorsqu’il était face à des responsables politiques, de dire « En tant qu’homme, je m’engage à affronter tous les risques pour que triomphe en France, une citoyenneté pleine et entière de notre jeunesse issue de la rive sud de la méditerranée». Il aurait pu entrer dans la magistrature comme juge ou avocat après sa licence en droit.
Le choix de Jamjama fut tout autre. Celui d’un engagement militant dans les quartiers populaires du Vaucluse au service du mouvement associatif, de la réussite éducative et scolaire, et de la formation socio-économique des jeunes, le tout nimbé d’une obsession : Faire en sorte que la jeunesse des cités possède la culture et la conscience politique nécessaire pour faire aboutir son combat pour l’égalité et le droit.
Fondateur d’associations importantes sur l’échiquier social et associatif, promoteur de tant d’actions où à chaque fois le succès était au rendez-vous, Mohamed était un citoyen de tous les instants sans oublier le Maroc pour lequel il portait un amour intact, une nostalgie permanente et un désir incommensurable. Il le prouvait à chaque fois par de multiples actions caritatives dans lesquelles il s’engageait à fond. La fondation Mohammed V ou la Fondation Hassan II connaissent bien ce jeune homme dont elles sont aussi, aujourd’hui, orphelines.
Elles ont pu mesurer son côté vif et sa dynamique alerte. Homme d’action, on aurait dit qu’il faisait une course avec le temps. Qu’il faisait une course contre la mort. Et la mort a fini par gagner.
Travailleur infatigable, porteur de projets d’envergures, Mohamed avait surtout la vertu de l’exemplarité. Il se déployait loin des itinéraires battus et des sentiers idéologiques obstrués. Sa passion à lui: C’est la primauté à l’être humain. Sa passion pour lui : La liberté. C’est ce qui faisait, qu’à l’instar de beaucoup d’autres acteurs de l’immigration, il était souvent incompris par la classe politique.
Cela n’a pas empêché le député Maire de la ville du Pontet de lui rendre hommage, en janvier 2005, en lui décernant la médaille d’honneur de la ville. Cela n’a pas empêché la presse locale de prendre les condoléances et les expressions de tristesse des responsables de sa ville et région. Cela n’empêchera pas l’ensemble des institutions de la région Provence Alpes Côte d’Azur de rendre hommage à sa mémoire au sein du Conseil général de Vaucluse en novembre 2005, ramadan oblige. «L’éveilleur» Mohamed est rentré dans le sommeil éternel.
L’enfant de l’immigré vivant, énergique, courageux, va faire son éternel voyage pour que ses ossements se reposent à Casablanca, où il sera enterré. Que sa mémoire reste vivace parmi tous les jeunes qui l’ont côtoyé. Qu’ils gardent de lui cette phrase qu’il aimait à répéter: «Que partout où l’ombre gagne, nous sommes concernés par ce combat».

• Issam Ifghallal

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