La mort était au rendez-vous

Quand il a pris sa voiture, Saïd espérait passer de bons moments avec sa famille et ses amis à Settat. Il vient de fêter son vingt-sixième printemps et travaille depuis plus deux ans dans une unité industrielle à Casablanca après un cursus scolaire réussi. Il est calme, tranquille, serein et élégant. Bref, il est l’un de ceux qui évitent les problèmes et fuient les accrochages. Tous ses voisins et amis le respectent et l’apprécient. C’est ainsi qu’il a emprunté la route reliant Casablanca à Settat. Son sourire exprimait sa joie de retrouver sa ville natale pour rencontrer ses parents et passer du bon temps avec ses amis d’enfance. Il avait l’habitude, depuis qu’il s’est installé à Casablanca, de leur rendre régulièrement visite. Il conduisait sa voiture en comptant les secondes. Il souhaitait arriver le plus tôt possible. Parce qu’il désirait profiter au maximum de ce week-end du début de ce mois d’octobre. Enfin, il est arrivé à Settat. « Avant d’aller à la maison, je dois faire le plein », a-t-il dit. Aussitôt, il se rend à une station d’essence. Quand le pompiste finit de faire le plein, il remis la clé du réservoir à Saïd. Ce dernier paie et démarre. Tentant de quitter la station, il heurte légèrement, Abdelkader, qui passait sans remarquer la voiture. Il s’est mis aussitôt à injurier Saïd toujours à bord de sa victoire. Abdelkader n’a que dix-sept ans, sans profession. Il passe ses journées à errer dans les rues en quête d’un joint ou d’un tube de colle à dissolution. Il ne trouve son plaisir qu’en passant à l’ « autre monde » quand il prend sa dose et oublie sa réalité de clochard. Sa mésaventure a commencé quand il a quitté les bancs de l’école, sans dépasser la deuxième année de l’enseignement fondamentale, et fuit le foyer parental. Certes, ses parents n’ont jamais pensé qu’il l’allait les abandonner définitivement. Mais, il a fini par le faire. Cela fait une dizaine d’années qu’il vivait dans la rue. Bref, il a tout perdu depuis son bas âge, au point qu’il n’a plus rien à espérer de la vie. Quelle différence entre lui et Saïd, qui rêvait encore de voyager en Europe et aux Etats-Unis, d’avoir son propre appartement, de se marier, d’avoir des enfants et d’aider ses parents à aller à la Mecque. . Bien que le pompiste est intervenu pour le calmer, Abdelkader a continué à insulter Saïd. Pire encore, quand il s’est relevé, il s’est avancé vers la voiture pour commencer à la taper à coups de poings. Saïd descend de sa voiture et s’adresse à Abdelkader pour lui expliquer qu’il était prêt à lui verser une somme d’argent ou à appeler la police. Hors de lui, Abdelkader lui a asséné un coup de poing. Le pompiste tentant une fois encore de le calmer. En vain. Subitement, il brandit un couteau et attaque Saïd en lui assénant des coups au niveau de la poitrine en menaçant le pompiste qui essayait de l’arrêter. Après quoi, il a pris la poudre d’escampette. Se dépêchant sur le lieux, les éléments de la protection civile ont évacué Saïd vers les urgences pour subir les soins nécessaires alors que la police entamait son enquête. Ils finissent par mettre la main sur Abdelkader. Saïd rend l’âme deux jours plus tard.

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