La nuit du crime

«Je suis le dernier à savoir ?…Comment, aucun de mes parents n’est au courant de ses comportements louches ?… » s’interroge Jamal en cognant sa tête sur le mur de sa chambre à coucher. Il était déjà chez lui au Centre Aïn Aïcha, à Taounate.
Il est déjà minuit. Il n’était jamais un noctambule. Il s’est habitué à se faufiler sous les draps, à cette heure-ci. Mais cette nuit du mois d’octobre est exceptionnelle. La voix de son ami intime retentit encore dans ses oreilles : « Je ne peux pas te cacher ce que véhiculent les mauvaises langues… » Une phrase qui ressemble à une bombe qui lui bombarde les oreilles. Il était pressé de savoir ce que colporte la rumeur publique.
« Je t’attends, raconte ?… » lui demande-t-elle alors qu’il ne peut plus retenir ses nerfs.
« Mais ne sois pas un gamin…Je te supplie de raisonner convenablement comme tu l’as toujours fait… » insiste son ami qui craint regretter son initiative. Comme si cet ami hésite, tente de renoncer.
Seulement, désormais, c’est trop tard, il a déjà fait un premier pas. Et s’il renonce, c’est lui qui subit les dégâts de l’explosion. L’ami reprend avec un grand effort : « Les habitants parlent mal de ta soeur, ils disent qu’elle a une relation amoureuse avec un jeune de l’autre quartier et qu’elle passe des nuits avec lui sans que vous ne vous rendiez compte d’elle…et qu’elle est enceinte ».
Le frère est devenu muet. Son visage blêmit, ses yeux s’écarquillent.
«Sois tranquille mon ami. Tout ce qu’ils ont dit est vrai. Ce ne sont pas des mensonges…». Jamal n’a plus la tête entre ses épaules. Il souhaite que la terre s’ouvre et l’engloutisse. «Qu’est-ce que j’entends ?… Ce n’est pas vrai. Mais qu’est-ce qu’aura mon ami comme objectif pour qu’il invente cet histoire et me l’a racontée ? » pense-t-il avec une grande amertume. Il n’a pas ajouté un mot, il retourne chez lui, se réfugie dans sa chambre. Sa soeur est déjà là. « Mon ami ment-il ou attend ma soeur que personne ne se rende compte d’elle pour sortir? » s’interroge-t-il.
Il est resté dans sa chambre durant des heures. A quoi pense-t-il ? Personne ne sait au juste. Tout à coup, il en sort, cherche dans les autres chambres. Elle ne s’y trouve pas. «Où est Fatima ?» demande-t-il à sa mère. «Elle serait dans sa chambre» se contente-t-elle à lui répondre. Jamal sort de chez lui, s’adosse sur un mur de la rue. Personne ne sait ce qu’il attend. Une demi-heure plus tard, il retourne chez lui, se réfugie dans sa chambre. Minuit sonne. Ses parents plongent dans un profond sommeil. La maison est obscure.
Jamal ouvre encore ses yeux, attend sa soeur.
Quelques minutes plus tard, il entend les craquements de la serrure, met ses pieds en dehors de sa chambre, retient ses soupirs.
Fatima rentre doucement, tourne ses yeux, avance ses pas vers sa chambre. Tout à coup, elle sursaute. Qu’est-ce qui lui arrive ? Jamal l’attrape, la saisit par son bras, la retire vers sa chambre. Il retient sa langue, ne lui dit rien. Elle le sollicite de la relâcher. Il ne lui répond pas, il prend une corde, lui ligote les mains et les pieds. Elle le supplie, les larmes aux yeux. Il garde toujours le mutisme. Il lui ferme la bouche par une étoffe et s’arme d’un couteau. Elle tente de crier. Mais en vain. A sang froid, il l’égorge comme un mouton et sort de chez lui pour se présenter devant les gendarmes. «Me voilà, j’ai tué ma soeur» leur affirme-t-il. Les coups des gendarmes font sursauter les parents de Jamal et Fatima. Le père ouvre, sa femme, qui se tient derrière, lui s’effondre quand elle voit son fils menotté. «Oui, ta fille était enceinte selon le rapport de l’autopsie» affirmera plus tard le chef de la brigade à la mère de Jamal qui plonge encore dans le sommeil du choc.

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