«La pauvreté n’est pas une tare»

«La pauvreté n’est pas une tare»

ALM : Quel est le bilan des activités de votre association ?
Meriem Othmani : Depuis sa création en 1999, l’association Insaf n’a ménagé aucun effort pour venir en aide aux femmes célibataires et aux enfants en détresse. Les actions que nous avons entreprises jusqu’à ce jour visent à contribuer à la lutte contre l’exclusion à travers la prévention de l’abandon des enfants en initiant des programmes de formation et de réinsertion socioprofessionnelle des mères célibataires et des programmes de sensibilisation de la société quant à l’importance de la scolarisation des enfants et ce en vue de lutter contre le travail des petites filles.
200 mamans et bébés ont ainsi été intégrés dans leurs familles d’origine, 200 femmes ont été intégrées dans le milieu professionnel et 40 mamans se sont mariées aux pères de leurs enfants. Par ailleurs, 800 enfants ont été enregistrés à l’état civil, 1100 bébés ont reçu les soins nécessaires et 672 ont été allaités durant deux années. Nous hébergeons également les mères célibataires avec leurs bébés dans notre foyer où ils bénéficient d’une prise en charge médicale et d’un soutien psychologique. En somme, notre démarche consiste à accueillir, écouter et réconforter. Mais aussi à responsabiliser les bénéficiaires.
Nous refusons de faire de l’assistanat. Concernant notre programme de sensibilisation destiné à l’opinion publique, des messages audio enregistrés dans les trois dialectes berbères ont été diffusés dans les souks du monde rural et des spots TV diffusés sur les médias marocains. De même, 28 000 affiches ont été réparties sur tout le territoire national.

Vous avez également initié un programme de lutte contre le travail des enfants. Qu’en est-il ?
Nous avons entrepris ce programme en 2000 pour éradiquer le mal à la racine. Je m’explique : en analysant les fiches des mères célibataires prises en charge par Insaf, nous avons constaté que beaucoup d’entre elles avaient été placées comme petites bonnes.
Ces petites bonnes deviennent des mères célibataires ou des prostituées. Sans la protection de leur famille, elles sont devenues des proies faciles et ont été souvent victimes de violence et d’abus.
Une fois enceintes, elles n’osaient plus revenir dans leur village tellement elles étaient assaillies par la honte. Rejetées par leurs familles, exclues par la société, ces jeunes femmes se retrouvent en fin de compte dans une situation de profonde détresse. Elles peuvent soit envisager de se suicider soit abandonner leurs bébés ou de les tuer. Une enquête réalisée en 2002 a démontré que plus de 5000 mères se retrouvent chaque année à Casablanca, seules et sans recours. La situation est alarmante.
C’est pourquoi, nous avons décidé de lutter contre le travail des enfants quelle qu’en soit la raison, même si c’est la pauvreté ; une raison souvent avancée par les parents. La pauvreté n’est pas une tare. On peut vivre pauvre et digne. En outre, selon les statistiques du Haut commissariat au plan, 75 % des parents d’enfants qui travaillent sont des "actifs occupés", donc le maigre salaire de ces enfants constitue simplement un complément de revenu.

Quelle est votre démarche pour contribuer à la lutte contre le travail des enfants ?
Notre démarche consiste à retirer les enfants du milieu du travail et à les réinsérer dans leur famille puis à les inscrire à l’école. Nous les parrainons jusqu’à la fin de l’enseignement primaire. C’est la fondation suisse Smiling Children qui finance leurs études. Nous menons également des campagnes de sensibilisation auprès des parents pour leur faire prendre conscience de l’importance de la scolarisation de leurs enfants. Il faut noter que des actions en justice, où nous nous sommes portés partie civile, ont été menées pour dénoncer la maltraitance et la violence à l’égard des petites filles employées comme bonnes.

Effort récompensé

Les efforts d’Insaf ont été récompensés en 2002 par le statut d’utilité publique. Les dons sont donc déductibles des impôts. En 2003, l’association a reçu la mention spéciale du prix des droits de l’Homme de la République française. Deux ans plus tard, Insaf a été nommée organe consultatif des Nations Unies.

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