La pêche a ses chômeurs

Ils sont huit ingénieurs, lauréats de l’Institut Hassan II d’agronomie,promotion 2001. Une espèce rare de cadres dans notre pays, car ils sont spécialisés dans le domaine halieutique. D’autant plus que le secteur de la pêche au Maroc joue un rôle fondamental dans l’activité socio-économique du pays. L’ingénieur en halieutique est un spécialiste dans la gestion et l’exploitation des ressources aquatiques. Il apporte des avis et une assistance technique au secteur de la pêche dans plusieurs domaines (conservation, assurance qualité, commercialisation des produits, etc..).
Ces jeunes cadres spécialisés sont toujours au chômage. Lorsque Thami Elkhyari était ministre de la pêche, explique Latif Lakhssassi, ingénieur halieute parmi les concernés «tous les lauréats étaient embauchés immédiatement après la fin des études. Plus encore, M.Elkhyari insistait sur le manque de cadres spécialisés dont souffrait le ministère». Dès l’avènement de Said Chbaâtou, tout a été bloqué. Commença alors le calvaire de ces ingénieurs qui étaient, au début, au nombre de 15 dont cinq étaient issus de la promotion 2000.
Le marathon des rencontres et des dialogues avec les différents responsables du ministère de tutelle va aboutir sur une réception des intéressés par le chef de division chargé du recrutement. Il faut remarquer en passant, «qu’il n’existe pas de directeur de ressources humaines dans un ministère aussi important que celui de la pêche.» signale M.Lakhssassi. Le 16 mai 2002 les ingénieurs sont donc reçus, avisés de leurs affectations et félicités pour la fin de leur souffrance. Ils sont affectés aux différentes chambres maritimes dépendant du ministère. La délivrance du spectre du chômage a rendu l’espoir à ces jeunes ingénieurs qui sont partis sur le champ rapporter la bonne nouvelle à leurs familles. Il y en a même qui ont engagé un processus d’installation dans leurs lieux d’affectation ( location, aide matérielle des parents, crédit etc..).
Malheureusement le choc ne tardera pas à tout remettre en cause, une semaine après cette euphorie. Les soi-disant affectations n’étaient en fait que des propositions d’embauche. Comble de l’ironie du destin, cette déception est survenue au moment où a eu lieu la première session du Conseil supérieur pour la sauvegarde de la richesse halieutique. Une fois le coup de la désillusion passé, les jeunes cadres observent un sit-in devant le ministère de la pêche à partir du 6 juin 2002. «Nous n’avons jamais approuvé l’idée de sit-in, cela ne frôlait même pas notre imagination.
Des cadres spécialisés dans un secteur qui souffre de manque de ce genre de compétences s’attendent à une embauche rapide. Et pas seulement dans le secteur public le cas échéant. Nous sommes prêts à travailler dans le privé, à condition que le ministère assume ses responsabilités.»rappelle M.Lakhssassi. Le 20 juin 2002 ils sont reçus par le ministre de la pêche Said Chbaâtou en personne. Il leur a promis, en tapant du poing sur la table, qu’ils seraient embauchés avant la fin du mois de septembre, à condition de mettre fin au sit-in.
A cette époque, les élections du 27 septembre étaient bien en vue et rien ne devait perturber la prochaine campagne de monsieur le ministre. Entre temps, 8 ingénieurs en provenance de Russie ont été recrutés en catimini. Après le mois de septembre, échéance fixée par M.Chbaâtou, ce dernier devient introuvable pour les ingénieurs. Ils doivent attendre.

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