La photo qui tue

Fès. Des policiers se pointent près de la porte d’un appartement du quartier Tarek. C’est un quartier plus ou moins moderne de Fès. Les habitants ne sont pas habitués à ce genre de visites. L’un des policiers frappe à la porte. Une femme lui ouvre. Le policier lui décline une photo présentant une fille presque nue, vêtue d’une simple petite culotte. Abasourdie, la femme se sent prise de vertige. Le policier l’interroge : -Tu connais cette fille ?
-C’est…ma fille !…où vous avez trouvé cette photo ? -C’est un photographe (…) qui nous l’a donnée… Lorsque le photographe a découvert cette photo, il a craint qu’elle lui cause des problèmes. Car la loi l’interdit de photographier ou tirer de telles photos. Il se précipite vers le commissariat de police, avise le chef de l’arrondissement.
La police découvre qu’il s’agit d’une fille de quinze ans qui poursuit ses études à la huitième année d’enseignement fondamental. Elle classe le dossier sous instruction du procureur du Roi et avertit la fille. -Qui t’a photographiée ? Lui demande son frère qui n’arrive pas à avaler cette histoire de photo.
-C’est Rabiî qui m’a photographiée un jour que j’étais avec lui dans la maison de l’un de ses amis…
Hors de lui, Saïd l’a malmené violemment. Puis il quitte la maison en quête de Rabiî. Ils ont le même âge ; vingt ans, l’âge de toutes les (dé)illusions. Il le trouve. Face à face. Prise de bec. Saïd assène des coups de poings à l’amant de sa soeur. Rabiî sort un couteau, le poignarde. Perdant l’équilibre, Saïd tombe à terre. La police intervient, arrête Rabiî, le met entre les mains de la justice qui le condamne à trois ans de prison ferme.
Fin du premier acte.
Les jours passent, Rabiî moisit en prison et la rancune se développe dans le coeur des frères de la fille.
Saïd et son frère Saber n’arrivent pas à oublier la honte qu’ils ont ont subie en découvrant la photo de leur soeur nue et l’affaire du coup de couteau. Ils en parlent souvent comme un souvenir tenace qui leur hante l’esprit. Ils sont conditionnés et prêts à se venger. Mais pourquoi se venger, puisque l’amant de leur soeur est en prison ? Pourquoi toute cette rancune qui ne fait que jeter de l’huile au feu ?
-« Je m’en f… ! Un jour, je tuerai un membre de cette famille qui nous a souillé de honte…Rabiî a photographié ma soeur et il a voulu me tuer ! », dit Saïd à son frère Saber.
Au fil des jours, les deux frères finissent par rencontrer l’un des frères de l’amant incarcéré.
« Vous n’êtes que des fils de p…, toi et ton frère Rabiî », lui lance Saïd. « Si mon frère n’y a pas réussi, moi je vais te liquider cette fois-ci…Allez va te faire f… », lui répond le frère de Rabiî, Samir, 23 ans.
La tension monte de plusieurs degrés. Et les mots cèdent la place aux coups de poing et de pieds. Saber sort un couteau, assène un premier coup à Samir, puis un deuxième et un troisième. Samir s’effondre. Il rend l’âme. Les deux frères s’enfuient.
Ils se réfugient à Meknès. Mais jusqu’à quand ? c’est cette lancinante question qui finit par les amener à se livrer de leur plein gré à la police. Rabiî, Saber et Saïd se rencontreront à la prison d’Aïn Kadous, à Fès. Continuent-ils à y nourrir leur rancoeur ?

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