La presse aux ordres

La presse marocaine a dénoncé dès le début la sauvagerie de l’armée d’Ariel Sharon à l’encontre des populations palestiniennes sans défense. Et elle continue à le faire avec la même constance et la même vigueur. Tout homme sensé, journaliste ou pas, ne peut que s’élever contre une telle injustice, une telle barbarie.
Or, les journalistes ne voient pas souvent les choses de la même manière quand bien même la réalité crève les yeux. Il y a ceux qui tentent de déformer la réalité, sous la pression de milieux puissants et ceux qui choisissent de la présenter d’une manière crue, ne recevant d’ordre que de leur propre conscience.
L’objectivité des médias occidentaux s’est fracassée de nouveau sur le front palestinien. Ce n’est pas une découverte. Un constat classique. Quand le Moyen-Orient explose sous l’arrogance israélienne, comme c’est le cas actuellement avec les massacres orchestrés par l’armée sioniste contre les populations palestiniennes, la presse se range du côté de l’agresseur en jouant sur les mots et sur les images. Mais cela ne trompe personne.
Il est intéressant par exemple de suivre certains journaux télévisés français à propos de ce qui se passe dans les territoires réoccupés. Le présentateur de LCI de l’émission “Un jour dans le monde“ du mardi 2 avril, entre ironie et parti-pris, a déclaré que “les appels à la résistance de Yasser Arafat suscitent des vocations parmi les Kamikazes“. En fait, c’est la barbarie d’Ariel Sharon qui pousse des jeunes palestiniens, au nom de leur peuple opprimé, affamé et assiégé, à commettre des attentats à l’intérieur d’Israël. Une manière de se défendre et de résister contre les exactions d’un ennemi enragé.
Un autre cas de manipulation de l’information par le même présentateur : pour lui, le bouclage de Ramallah que l’armée israélienne a décrété zone militaire vise à empêcher les kamikazes palestiniens a s’infiltrer en Israel pour y commettre des attentats à la bombe.
Le journal Le Monde, qui se veut le pape de l’impartialité journalistique, se prête lui aussi à ce jeu qui cache mal des instructions irrésistibles qui tendent à réguler et à atténuer les informations en provenance de la Palestine. Dans une chronique du mercredi 3 avril, l’auteur écrit que “ Arafat avait incontestablement le beau rôle, comme samedi soir lorsqu’on le voyait, à la lueur des bougies, lancer un appel au secours au monde entier“. Quel beau rôle a un leader stoïque, emprisonné depuis plusieurs semaines comme un vulgaire malfrat dans son quartier général qui subit jour et nuit les bombardements israéliens ! La ficelle est trop grosse.
Cette position du Monde est inspirée pour ne pas dire commandité par Roger Kukierman, président du conseil représentatif des institutions juives en France, qui a déclaré que les journaux télévisés tendent “à angéliser Arafat et à diaboliser le Premier ministre israélien“. D’ailleurs, la chronique en question commence par cette citation très tendancieuse à partir de laquelle le journaliste s’est permis de jeter le doute sur la couverture faite par les télévisions françaises des événements dramatiques à Ramallah. “ D’autres soirs, ce sont les images sanglantes des attentats-suicides et la douleur des survivants qui occupent le devant de la scène. On ne voit pas, et pour cause, les kamikazes palestiniens. On voit beaucoup les soldats israéliens. “ Et la chute, sous forme d’interrogation, qui trahit les arrières-pensées du rédacteur: “est-ce que cette couverture est équilibrée ? La question mérite d’être posée.“ On voudrait rendre présentable et défendable un criminel arrogant que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
(Lire également p.22)

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