La provocation qui mène en prison

«Je ne pouvais supporter plus longtemps leurs provocations…en plus c’est lui qui a brandi le premier son couteau pour me poignarder…», déclare Hamid au président de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Certes, il n’est pas fier de son acte criminel, de sa réaction qui a entraîné la mort de l’un de ses voisins de quartier ni du fait que ce qu’il a fait a laissé sa mère errer dans les couloirs du palais de justice. Mais, il prétend avoir été obligé d’en arriver là. «Je me suis défendu…Il était en compagnie de son ami qui, lui-même, m’a donné un coup de poing… », ajoute-t-il. Il s’appelle Hamid, trente et un ans. Il n’a jamais mis les pieds à l’école. Il ignore d’ailleurs les raisons pour lesquelles ses parents, bien que demeurant en ville et à quelques mètres d’une école, ne l’ont pas inscrit à l’école. A huit ans, il est placé chez un tailleur traditionnel. Il apprend le métier jusqu’au jour où il devient à son tour tailleur traditionnel. Au fil des années, le métier connaît une telle régression et les clients se font tellement rares qu’il n’a plus de quoi payer le loyer de son local et gagner sa vie. La solution ? Il abandonne son local et commence à travailler chez des particuliers jusqu’au jour où il décide d’abandonner le métier. Il cherche à gauche et à droite, subsiste de petits boulots et décide de «monter» à Casablanca. Là, il travaille dans des chantiers de construction. Seulement, au bout de deux ans, il décide de retourner dans sa ville natale Fès pour y demeurer près de ses parents. Sans travail, il recourt à ses parents et à ses deux frères pour se procurer de quoi acheter ses cigarettes et se payer de temps en temps un café.
Hamid n’est plus le même homme. Il évite ses amis. Il se contente de s’isoler dans un coin de la rue ou de café sans adresser la parole aux autres. Certains commencent à le traiter de fou, tandis que d’autres  lui reprochent d’avoir laissé tomber son métier.  
En ce jour de mars, il est assis au seuil du domicile familial, fumant une cigarette et sirotant un verre de thé. Il médite sur sa situation, à laquelle il ne trouve aucune issue. Tout à coup, deux jeunes hommes, Saïd et Rachid, âgés respectivement de vingt et vingt-quatre ans l’accostent. Ils sont dans un état d’ébriété avancé. Saïd lui demande une gorgée de thé. Hamid lui tend son verre.
Saïd saisit le verre pour le jeter sur lui. Hamid se  lève et l’insulte. Le jeune homme ivre lui répond par des obscénités. Rachid, son compagnon de beuverie, ne reste pas les bras croisés. Il assène à Hamid un coup de poing au visage. Saïd, quant à lui, brandit un couteau qu’il cachait sous son tricot. Il s’avance vers Hamid et lui porte un premier coup au niveau du bras droit et un deuxième à la jambe. Hors de lui, Hamid qui dissimulait également un couteau lui larde le corps. Enragé, il ne s’arrête pas bien que des badauds interviennent pour mettre fin à la bagarre. Le sang coulant de son corps, Saïd s’effondre. Il rend l’âme peu après. Hamid reste près du corps, attendant l’arrivée de la police qui le conduit devant la justice. Hamid a reconnu son forfait et, malgré des circonstances atténuantes, a été condamné à dix ans de réclusion criminelle.

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