La punition dans les écoles est toujours d’actualité

La punition dans les écoles est toujours d’actualité

Il y a quelques années, les punitions au sein des écoles étaient monnaie courante. Envoi au piquet, falaqa ou fessées, rares sont les élèves qui ont échappé à la règle, se souvient Yassine : «Dans les années 80 et début 90, les enseignants avaient l’art de punir, et bien sûr le châtiment changeait selon la gravité de la bêtise.

Soulever un pied durant une heure sans le poser, Falaqa, Tahmila ou encore des coups avec une règle métallique sur les bouts des doigts figuraient sur «le menu» classique des punitions». Plus encore, il y a près de deux décennies, les enseignants ont souvent été soutenus par les parents. «Je n’oublierai jamais la fameuse phrase que répétait mon père à mon professeur de mathématiques : Tuez-le et amenez-moi le cadavre pour l’enterrer», se souvient un haut cadre de l’Administration, aujourd’hui quinquagénaire.

Si la grande majorité des parents n’accepte plus, de nos jours, les punitions infligées à leurs enfants, certains enseignants restent très favorables à ces sanctions. D’ailleurs, selon une enquête réalisée il y a quelques années, 83% des instituteurs confirment avoir eu recours au châtiment corporel dont 54% sont par le biais de coups de bâton et 29% par les mains et les pieds. Malgré les circulaires du ministère de l’éducation qui interdisent formellement les châtiments corporels, ces dernières continuent d’être pratiquées sur les bancs de l’école.

Pour se justifier, certains instituteurs invoquent les conditions lamentables du travail et la surcharge des classes comme l’explique Samira :  «Je suis une maîtresse dans une école primaire. Cette année, j’ai une classe de 60 élèves. Comment voulez-vous que je gère ce nombre élevé d’enfants âgés entre 13 et 15 ans. La nature rebelle de certains élèves nous pousse à utiliser de temps en temps des punitions corporelles. On a beau discuter avec eux, ils n’en font qu’à leur tête. Pour les calmer, une petite fessée ou une tape sur les mains ne leur fera pas de mal».

Humilié pour toujours

Un instituteur autoritaire qui opte souvent pour la punition crée beaucoup de tension en classe. Au lieu de se concentrer sur leurs cours et apprendre à aimer la matière, les élèves appréhendent la réaction de leur professeur et finissent généralement par détester ce qu’il enseigne comme l’explique Sara, femme au foyer : «Au collège, notre enseignante d’histoire géo a détruit ma vie. Je n’arrivais pas à comprendre ses leçons ni retenir les dates et elle ne fournissait aucun effort pour m’aider. Pour la moindre faute, elle m’humiliait devant les élèves. J’appréhendais toujours le moment où elle allait nous rendre nos copies des examens. Elle répétait souvent mon nom et ma mauvaise note à haute voix. La veille de l’examen, je ne fermais pas l’œil, j’avais tellement peur que j’en faisais des cauchemars. À cause de son comportement, j’ai fini par quitter l’école».

Humilier un élève ne l’aidera pas à avancer ou à se calmer, cela peut même causer l’effet inverse. Un enfant puni et humilié aura une faible estime de lui-même. Pire encore, il apprend que les problèmes ne peuvent être résolus que par la violence physique, ce qui augmente le risque chez l’enfant de devenir lui-même un adulte violent.

Malika, institutrice expérimentée, explique que «punir un enfant et l’humilier devant ses camarades de classe pour soi-disant l’éduquer ou lui inculquer les bonnes manières n’est pas une solution pédagogique. Cette technique éphémère peut même créer l’effet inverse et nous donner un enfant peureux, violent ou agressif. En tant qu’enseignante, je veille à ce que tous les élèves soient écoutés et compris. En cas de bêtise, je communique avec l’élève, j’essaye de comprendre son comportement et je lui explique la gravité de son acte. J’essaye au maximum de me focaliser sur sa réussite et son progrès au lieu de me focaliser sur ses faux pas.  J’invite l’élève à réfléchir et à choisir lui-même sa punition. En classe, je peux réserver quelques minutes pour analyser un comportement inadéquat et j’invite les élèves à s’exprimer soit par écrit ou oralement. Cela permet aux élèves d’apprendre à gérer la situation et à vivre en communauté». En fin de compte, on peut dire que la punition n’a plus vraiment la cote auprès des éducateurs. On ne peut plus se fier à sa valeur éducative ni à son efficacité. Cependant, elle reste présente dans bon nombre d’écoles, en tant que… pratique «institutionnalisée» à laquelle a recours une majorité d’enseignants, même si ce n’est plus aussi fréquent que par le passé ni plus sévère.

Questions à Bouchaib Kerroumi, pédopsychiatre: «Les punitions corporelles ne sont absolument pas pédagogiques»

bouchaib-karoumiALM : Ne nous voilons pas la face, plusieurs instituteurs optent pour la violence physique pour calmer un enfant turbulent …

Bouchaib Kerroumi : Les punitions corporelles ne sont absolument pas pédagogiques et ne sont pas du tout acceptables vis-à-vis d’un enfant. Une violence physique ou verbale est perçue comme une maltraitance subie par l’enfant. Cela risque de détruire sa personnalité

Quelles sont les répercussions de la punition sur l’élève ?

Un élève puni est un élève qui se sent mal. Il perd la confiance en soi. La punition peut engendrer chez l’enfant un sentiment d’anxiété, de peur, d’agressivité, de révolte, de haine et peut-être même de vengeance. Un enfant violenté risque de frapper et d’humilier ses camarades.  Pire encore, un enfant puni en classe ne perçoit plus le rôle pédagogique d’un enseignant. Il voit en ce dernier un bourreau, et cela peut avoir des conséquences graves sur son développement et son équilibre psychologique.

Quelles sont, selon vous, les sanctions efficaces ?

Tout dépend de l’âge de l’enfant, on ne sanctionne pas un élève de «CCP» comme un enfant du collège ou du lycée. L’essentiel ce n’est pas la sanction en elle-même mais son objectif. Qu’est-ce qu’on recherche en donnant une sanction ? Bien sûr, cette dernière doit rester dans un contexte purement pédagogique. Elle doit pousser l’enfant à améliorer son comportement en classe et l’aider à comprendre le fonctionnement de la vie en collectivité

PAR : Khaoula Benhadou

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