La régionalisation : quel découpage ?

La régionalisation : quel découpage ?

La région en tant que «zonage» appartient au champ de «l’économie spatiale» ou «économie géographique». Elle peut, en tant que catégorie économique, relever autant du champ de l’économie internationale que de l’économie nationale. Dans le premier cas, l’Europe, le Maghreb, le Moyen- Orient…sont des régions; dans le second, la Catalogne en Espagne, Rhône-Alpes en France ou Rabat-Zemmour-Zaïr au Maroc sont des régions. Historiquement, on distingue entre une régionalisation forcée sans laquelle l’unité nationale serait remise en cause (cas de l’Espagne) et une régionalisation volontaire initiée par le pouvoir central (cas de la France). Dans le premier cas, les critères de découpage obéissent à une logique extra économique de nature identitaire (langue, culture, religion…). Dans ces cas, le prix de l’unité nationale passe souvent par des pouvoirs locaux forts avec des Parlements et des Constitutions locales. Dans le second cas où la régionalisation est un choix volontaire, les critères sont soit d’ordre administratif soit économique ou une combinaison des deux. Quant au transfert des compétences, il dépend plus de la volonté du pouvoir central que du rapport de force entre le local et le centre. Les expériences historiques de zonage à caractère économique partaient en premier lieu de la disponibilité de richesses naturelles; le résultat en était des régions spatialement étendues. Aujourd’hui, ce critère, aussi important soit-il, n’est plus l’élément fondamental. La primauté est de plus en plus donnée au degré de maîtrise des techniques et à la nature des ressources humaines disponibles dans le cadre des homogénéités économiques. L’objectif ultime est la mise en place de politiques économiques spécifiques à chaque région en fonction du niveau développement atteint. Chaque région doit être promue au stade pôle de compétitivité. L’expérience marocaine ne doit pas échapper à cette évolution. On est parti dans les années 70 d’une logique de sept régions car l’espace marocain était économiquement «vide» à 16 régions dans les années 90 en fonction de l’évolution économique de l’espace marocain. Aujourd’hui, il faut aller de l’avant pour mieux homogénéiser les différents espaces, sachant que les capacités des terroirs à produire des biens et services et/ou à capter des revenus se sont bien renforcées. Le seuil où les effets pervers de la région spatialement large commencent à l’emporter sur les avantages a été franchi. En effet, si dans les années 90 il était assez logique que Errachidia ou Ouarzazate qui n’avaient presque pas d’existence économique soient rattachées à Meknès pour la première et à Agadir pour la seconde, aujourd’hui personne ne peut admettre que ces deux pôles puissent encore servir de locomotive à des espaces aussi vastes. Errachidia et Ouarzazate constituent une seule région homogène qui a besoin d’une action volontariste de mise à niveau. A un autre niveau, qu’attendraient Erromani de Rabat, Ksar El Kabîr de Tanger, Taounate de Taza, Ouazzane de Kenitra, Boulmane de Fès…? Pourquoi aller investir à Chaouen et laisser Tanger? Par contre une région peut accorder des incitations pour attirer des investissements. Le chef-lieu d’une région, est comme une locomotive à laquelle on ne peut attacher que le nombre de wagons qu’elle est susceptible de tirer à la vitesse souhaitée. Plus la région est vaste plus l’effet de la principale «ville-locomotive» se dilue et plus elle est tirée vers le bas par sa périphérie, d’où la nécessité de multiplier, par des actions volontaristes, le nombre de villes locomotives. La logique de développement et de mise à niveau des divers terroirs nécessite un nouveau découpage mû par la seule volonté d’offrir les mêmes chances de développement aux différentes parties du Maroc. Pour parvenir à ce noble objectif, il est nécessaire de procéder à un zoning faisant apparaître des régions riches (ex: Tanger- Tétouan) susceptibles de dégager un surplus à drainer vers les régions pauvres dans le cadre de politiques régionales spécifiques. Quant au nombre de régions, il est la conséquence de critères d’efficience et non une décision arbitraire. Il n’existe pas de nombre idéal. Une première esquisse nous conduit à un nombre qui tournerait autour de 23 régions dont huit au moins seraient assez riches pour ne pas solliciter d’aide. L’effort au niveau des aides serait plus concentré au niveau d’une dizaine de régions largement déficitaires. Il est évident que le découpage en lui-même est insuffisant pour garantir les conditions d’efficience. La région doit être un espace de promotion démocratique des élites locales jouissant de prérogatives réelles. La régionalisation est aussi une opportunité pour le Maroc de renforcer sa démocratie par des élections directes du Conseil régional avec un président ayant la qualité d’ordonnateur. De larges compétences doivent être transférées à la région tant au niveau de l’aménagement du territoire que de l’enseignement, de la santé, de la culture, des équipements…Ce désengagement au profit des régions doit évidemment s’accompagner de transfert de moyens financiers proportionnels aux nouvelles attributions locales. Les transferts sont deux natures; un transfert d’une part des impôts prélevés sur le territoire de la région et un transfert vers les régions déficitaires dans le cadre de la solidarité interrégions. Nous sommes au 21ème siècle, la région doit être un espace de promotion de l’homme et non un espace de contrôle de l’homme.

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