La révolution du genre a commencé

La révolution du genre a commencé

Aujourd’hui le Maroc : Comment est né l’intérêt du Secrétariat d’Etat chargé de la Famille, de la Solidarité et de l’Action Sociale (SEFSAS) pour l’approche genre?
Yasmina Baddou : D’abord, je tiens à préciser que l’approche genre et développement est récente en matière de promotion des droits des femmes. Auparavant, les programmes se rapportant aux droits de la femme étaient pensés selon une autre approche, appelée Intégration de la Femme au Développement (IFD). L’IFD a joué un rôle important dans la défense des droits de la femme, mais elle ne répond pas aujourd’hui à toutes les attentes des femmes, parce qu’elle les considère comme des bénéficiaires et non pas comme des actrices. L’IFD n’a pas empêché le faible taux d’accès des femmes à la prise de décision, à la participation à la vie communautaire. De ce fait, l’approche genre est venue pour apporter des éléments de réflexion. Le genre est un concept qui se réfère aux relations entre femmes et hommes et à leurs différences sociales qui ne sont pas considérés comme immuables. Bien au contraire, elles sont susceptibles de changer avec le temps et sont largement variables tant d’un pays à l’autre que parmi les différentes cultures à l’intérieur d’un pays. Le Secrétariat d’Etat chargé de la Famille de la Solidarité et de l’Action sociale ne peut qu’appuyer un projet qui vise à valoriser le rôle des femmes dans notre société.
Concrètement, que peut apporter l’approche genre au Maroc ?
Les exemples concrets relatifs à la réalité marocaine ne manquent pas: l’échec et l’abandon scolaire des filles, la faible participation de la femme à la vie économique, la violence à l’égard des femmes, le faible taux de participation de la femme dans la prise de décision à tous les niveaux : élus, parlement, administration, secteur privé… L’approche genre peut apporter des éléments de réponse à tous ces problèmes qui entravent la pleine participation des femmes au développement, en établissant une égalité entre les rôles assignés à une femme et à un homme dans une société.
Est-ce que la réforme de la Moudawana constitue un bon préalable pour introduire la notion du genre au Maroc?
Mais bien sûr ! C’est de cette réforme que nous tenons notre énergie pour inscrire l’approche genre dans les habitudes. Le Code de la famille consacre les principes d’équité et d’égalité entre les hommes et les femmes. C’est la voie pour asseoir toutes nos stratégies de développement. Le code est une avancée historique incontestable pour le développement de notre pays. C’est l’une des réformes structurantes de l’histoire récente de notre pays.
Qu’est ce qui favorise, selon vous, l’inégalité entre les hommes et les femmes au Maroc ? Est-ce une affaire de culture, de préjugés, de traditionalisme ou autres ?
Ce qui favorise les inégalités entre les hommes et les femmes, au Maroc, c’est d’abord les rôles que la société colle à la femme. La société marocaine, comme bon nombre de pays en voie de développement, a assigné un rôle de reproduction à la femme. Elle loue en elle la mère, éducatrice des enfants. Ce beau rôle comporte le revers de la médaille. J’entends par là : la petite visibilité de sa contribution au développement économique, de même que son faible accès aux ressources et aux services sociaux de base. En particulier l’éducation, la formation, les soins de santé, la liberté d’entreprendre, la faible participation à la vie politique.
Et cela peut changer avec l’introduction de l’approche genre ?
La culture de l’égalité des genres n’est pas simple à admettre au Maroc. D’où l’importance de la sensibilisation et du plaidoyer. Mais notre espoir ne cesse de se nourrir du repositionnement de la place de la femme dans la société marocaine. A ce sujet, les dispositions du Code de la famille, en matière d’égalité, d’équité et surtout de responsabilité partagée au sein de la famille sont des vecteurs positifs pour le changement des mentalités.
Mais encore comment le SEFSAS compte expliquer que les rôles assignés à un homme et à une femme sont interchangeables ?
Notre action cible des relais, c’est-à-dire l’ensemble des acteurs: les structures gouvernementales, les ONG, les collectivités locales, les médias. Nous essayons de convaincre les décideurs aux différents niveaux nationaux, régionaux et locaux d’intégrer la dimension genre dans la conception des projets de développement. Nous ne nous contentons pas d’un rôle de sensibilisation. Nous développons des programmes de renforcement de capacités, des formations pour inscrire la culture genre dans les administrations par exemple. Nous participons aussi à la réalisation des études pour préparer le terrain à nos interventions. Je tiens à souligner une innovation très importante : le Secrétariat d’Etat a mis en place un processus d’institutionnalisation des questions du genre à travers les points focaux. Ces points focaux, désignés dans les différents départements ministériels, ont pour mission de sensibiliser les responsables et veiller à ce que les programmes sectoriels intègrent la dimension genre au niveau de la conception et de la mise en oeuvre. Nous sommes également en train de mettre en place le Centre Marocain d’Information, de Documentation et des études pour la Femme. Ce centre est un outil scientifique et un pôle d’excellence au service de tous les intervenants dans le domaine de la promotion des femmes.
Etes-vous confiante quant à une transformation du rapport des hommes et des femmes au Maroc?
Je suis confiante et même certaine que le Maroc connaîtra une transformation des rapports hommes femmes.
Les nouvelles dispositions du Code la famille sont des exemples éloquents pour la capacité de changement de notre pays à relever les défis.

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