Laâfoura et Slimani devant le parquet

Laâfoura et Slimani devant le parquet

Après avoir été mis en garde-à-vue, vendredi dernier par la Brigade nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), l’ex-gouverneur des préfectures de Ain Chock et de Ain Sebaa-Hay Mohammadi, Abdelaziz Laâfoura, et l’ex-président de la Communauté Urbaine de Casablanca et de la commune urbaine des Roches noires, Abdelmoughit Slimani, ont été remis en liberté provisoire, le samedi, en fin d’après midi. Ils seront déférés devant le parquet du tribunal de première instance d’Anfa. Les deux ex-responsables de la capitale économique ont été incarcérés puis relâchés en compagnie de vingt-deux autres personnes dans le cadre de l’enquête sur les malversations et autres infractions que la BNPJ avait ouverte l’été dernier, suite à une plainte déposée par un investisseur étranger auprès du procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casablanca-Anfa.
Des ex-élus communaux, des architectes, des hommes d’affaires et des banquiers formeraient partie des personnes que la police judiciaire a mises en examen vendredi.
Cette arrestation intervient après plusieurs mois d’enquêtes et d’interrogatoires menés par les éléments de la BNPJ. Interdits, dans un premier lieu, de quitter le territoire national, Slimani et Laâfoura ont été entendus, durant les six derniers mois sur les accusations dont ils font l’objet. Toutefois, l’affaire qui avait démarré suite à la plainte déposée par un particulier prit une dimension avec l’apparition au cours de l’enquête de plusieurs sous-affaires de malversations et d’abus de pouvoir qui auraient permis aux accusés de s’enrichir au détriment des biens publics.
En effet, l’enquête a démarré l’été dernier lorsqu’un investisseur suisse installé au Maroc du nom de Jean Victor Lovat dépose une plainte auprès du procureur du roi près le tribunal de première instance de Casablanca-Anfa contre quinze personnalités, dont les deux ex-ténors de la gestion publique à Casablanca, Abdelmoughit Slimani et Abdelaziz Laâfoura. Ces derniers, il les accuse d’avoir comploté contre lui en montant des affaires d’émission de chèques sans provision et de l’avoir jeté en prison en lui faisant porter le chapeau.
L’histoire remonte au début des années 1990. Lovat, un homme d’affaires suisse s’installe au Maroc et se lance dans la construction immobilière. Son premier projet, c’est l’hôtel Oasis qu’il construit à Agadir en 1991. Une année après, il fait la connaissance de l’ex-patron de la communauté urbaine de Casablanca (CUC), Abdelmoughit Slimani. Beau-frère de l’ex-ministre de l’Intérieur, Driss Basri, Slimani proposa à l’investisseur suisse, selon la plainte déposée par ce dernier, de se charger de la construction de l’hôtel Tivoli à Agadir. Toutefois, la construction de l’hôtel ne sera qu’un simple appât. Les deux ex-patrons de la capitale économique auraient attiré Lovat dans leurs filets afin de l’utiliser en tant que couverture de plusieurs projets immobiliers relevant des marchés publics à Casablanca.
Il se retrouve ainsi impliqué dans des affaires de détournements et des affaires de malversations allant jusqu’à des millions de DH. il s’agit notamment des deux projets Ouled Ziane et Fouarate.
Le premier, entamé en 1992, est un complexe résidentiel qui compte plus de 600 appartements, un centre commercial, une école et une mosquée.
L’initiative de sa construction revient à l’ex-commune urbaine de « Roches noires » alors dirigée par Slimani. Mais, le projet qui avait un caractère social et devait aider les citoyens à accéder au logement, a été détourné de son objectif et devint une source d’enrichissement illégal profitant à des spéculateurs et des privilégiés de l’entourage des deux ex-patrons de Casablanca. Aussi doit-on rappeler que ce projet avait bénéficié d’un prêt de plusieurs milliards accordé par le Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH) et n’a jamais été remboursé bien que tous les bénéficiaires aient payé leur dû. Quant au deuxième projet, dit Fouarate, il n’a jamais démarré et les fonds qui lui étaient réservés se sont évaporés. Outre ces deux dossiers, plusieurs affaires de détournement de fonds, de mauvaise gestion des affaires communales, des fraudes dans l’attribution et la passation de marchés publics, la dilapidation de deniers publics, l’abus de pouvoir dans le but de faciliter l’obtention de financement de certains marchés particuliers devraient revenir au premier plan à l’occasion du procès des personnes mises en état d’arrestation vendredi. Aussi, des enquêtes parallèles sont en cours dans d’autres communes urbaines dont celle de Hay Hassani où une commission de la cour des comptes devrait élaborer son rapport final avant la fin du mois courant. Cette commune, rappelons-le, était gérée par l’un des présidents de commune les plus proches de l’ex-président de la CUC à savoir Mohamed Kemmou.
Selon des sources informées, la commission de la cour des comptes aurait découvert plusieurs irrégularités dans la gestion de cette commune du temps où elle était dirigée par cet ex-président UC. Rappelons que Kemmou avait été interdit de présenter sa candidature lors des élections communales du 12 septembre dernier.
En somme, la procédure engagée par la Brigade nationale de la police judiciaire sous la direction du Parquet de Casablanca permettra de mettre la lumière sur plusieurs années de gestion frauduleuse de la capitale économique du pays et d’en déterminer les responsabilités.
Les poursuites engagées contre Slimani, Laâfoura et compagnie ne sont que le début d’une série d’affaires qui devront ressurgir parallèlement ou dans le cadre de leur procès.

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