Laenser, le poulpe et les armateurs

Laenser, le poulpe et les armateurs

Le dossier des pêches maritimes n’est pas de tout repos pour le ministre de l’Agriculture, Mohand Laenser. Et pour cause, depuis que ce département lui a été confié, en juin dernier, le ministre n’a pris qu’une seule mesure : celle de signer un nouvel arrêt biologique pour la pêche hauturière. Le but étant, bien évidemment, de protéger les juvéniles et de permettre ainsi au stock poulpier de se reconstituer.
Justement, le ministre s’est réuni, mardi dernier avec les représentants des trois segments, hauturière, côtière et artisanale, pour discuter de l’après-repos. Il s’agit essentiellement du problème du contrôle des pêches illégales et de l’application de la matrice préparée par les fameuses commissions chapeautées par l’ancien ministre des Affaires générales du gouvernement, Abderrazak El Mossadeq.
Cet arrêt annuel est entré en vigueur le 1er septembre. Normalement, la pêche du poulpe devrait reprendre le 1er novembre. Mais tant que le bateau de l’Institut national de la recherche halieutique (INRH) n’est pas sorti en mer pour vérifier l’état de la ressource, tout reste possible. D’ailleurs, la décision de Laenser ne comporte pas la date de reprise de la pêche. Les armateurs craignent ainsi que l’INRH fasse de l’excès de zèle en proposant le prolongement de l’arrêt au-delà du 1er novembre.
Pour Khadija Doukkali, armateur de la pêche hauturière, « l’INRH a la fâcheuse tendance de cumuler les mesures préventives pour la sauvegarde des ressources ». Il s’agit de la fermeture des zones sensibles, de l’instauration d’un repos biologique de deux mois et l’obligation pour les armateurs d’utiliser des filets à mailles 70, qui permettent de laisser passer les juvéniles. En outre, Doukkali a toutes les raisons de croire que le stock de la ressource s’est convenablement reconstitué. « Le poulpe a pondu et les juvéniles sont visibles », affirme-t-elle. En tout cas, la sortie tant attendue de l’INRH permettra également de déterminer le quota de pêche pour chaque navire. Les armateurs, quant à eux, espèrent revoir leur part à la hausse. Il est aujourd’hui de 50.000 tonnes pour les trois segments. Mais dans toute cette affaire, les marins sont incontestablement les premiers perdants.
Et ce à plusieurs titres. Tout d’abord, le comportement du ministère à leur égard les laisse perplexes. « Depuis sa nomination, nous demandons à rencontrer le ministre. En vain », souligne Abderrahmane El Yazidi, secrétaire général du Syndicat National des officiers et marins de la pêche hauturières. A chaque reprise, le cabinet de Mohand Laenser leur répond que le ministre est en train d’étudier les dossiers. « Il a le temps de rencontrer les armateurs, c’est-à-dire les patrons, et pas les marins », s’insurge El Yazidi. Il juge l’attitude du ministère « anormale et non fondée ». Le ministre doit veiller aux intérêts de tout le monde et pas uniquement d’une partie, poursuit El Yazidi. Autre injustice: l’instauration du système du transfert des quotas entre les navires d’une même société. El Yazidi explique que l’instauration du transfert des quotas entre les navires, pourtant individuels, a pour objectif de permettre à un armement hauturier donné d’exploiter les quotas de l’ensemble de ses navires suivant ses propres intérêts. Il peut ainsi en toute « légalité » faire sortir en mer le nombre de navires qu’il veut, amarrer le reste au port et exploiter la totalité des quotas « individuels » alloués à l’ensemble des navires de sa flottille. El Yazidi conclut que « le maintien de la transférabilité des quotas serait une démonstration flagrante de l’impartialité du ministère de tutelle au profit de l’armement hauturier et détriment des droits des marins ».
En tout cas, la priorité, aujourd’hui, ne semble pas être la situation socio-professionnelle des marins. Ce qui importe le plus c’est de préserver la ressource. Eviter l’anéantissement de la ressource poulpière, mettre un terme au braconnage et au piratage, redéployer les barques de la pêche côtière vers d’autres filières et d’autres zones… C’est mettre la charrue avant les boeufs.

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