Laghrissi revient de l’enfer de Tindouf

L’histoire de Mohamed Laghrissi est invraisemblable. Elle n’est perçue comme ordinaire que dans un seul coin au monde où la barbarie a été maquillée par une humanité démagogique : Tindouf. Comme par hasard, cette ville brandit, depuis la fin du colonialisme une identité qui n’est pas la sienne. C’est une terre marocaine qui a été rétrocédée à l’Algérie française que les colons croyaient pérenne pour l’agrandir aux dépens du Maroc. Comme Tindouf est une ville spoliée, elle sert depuis que l’Algérie a décidé de faire la guerre au Maroc pour avoir accès à l’océan atlantique, comme un camp de concentration.
Les officiers algériens qui encadrent les Polisariens y ont entassé comme du bétail les plus vieux prisonniers militaires du monde. Mais les séquestrés de Tindouf comptent des milliers de civils innocents dont certains, originaires du nord, ont été assimilés à des prisonniers de guerre. Mohamed Laghrissi est un cas parmi tant d’autres, mais c’est un cas qui interpellera pendant longtemps la conscience humaine. Il a passé plus de 24 ans dans les fosses communes et les geôles honteuses de l’Algérie, pour avoir commis le délit d’être un mécanicien.
Après la marche verte, l’entreprise Larbi Belghazi (LBG) où il était employé comme mécanicien, a investi dans le Sahara marocain comme beaucoup de sociétés. Laghrissi qui travaillait depuis dans les chantiers aéroportuaires de Smara et de Laâyoune, était souvent en déplacement pour accomplir son travail dans plusieurs lieux. Le 16 01 78 alors qu’il accomplissait son travail entre Tarfaya et Tan Tan en compagnie de plusieurs employés, ils ont été surpris par une embuscade des Polisariens. Ces derniers, qui les guettaient pendant plusieurs jours, ont attendu que le convoi militaire qui campait dans les parages quitte les lieux pour les attaquer. Cet homme natif de Meknès et père de deux enfants n’aurait jamais imaginé qu’il allait passer une grande partie de sa vie comme un forçat dans un bagne moyenâgeux. En 1978, les camps de Tindouf étaient à l’état embryonnaire et il n’existait aucune structure d’accueil, si l’on peut utiliser ce terme dans ce cas inhumain.
Laghrissi et les autres victimes ont été obligés de creuser des fosses dans lesquelles ils vont loger durant près de dix ans avant que cette barbarie ne soit découverte par les organisations humanitaires internationales. Il va survivre au travail de forcené qui lui été imposé par ses geôliers, va regarder des concitoyens mourir de froid, de torture et de faim. Les bourreaux étaient bien sûr des Algériens, mais aussi des Cubains, des Vietnamiens, voire des Maliens et des Mauritaniens. Les mercenaires de la barbarie. La famille de Laghrissi restera pendant des années sans nouvelles de lui et la société qui l’employait a cessé de payer son salaire deux ans après son enlèvement.
Depuis, c’est l’épouse de Laghrissi qui a pris en charge ses deux enfants qu’elle a élevés toute seule pendant 24 ans et six mois. Laghrissi ne fut libéré qu’en juillet 2002. Il reçut, comme indemnisation une somme de 5000 dirhams et un papier de recommandation au gouverneur qui ne peut rien faire naturellement. Un quart de siècle de travail forcé et de privation pour un civil dont le seul tort est d’être un mécanicien qui s’être trouvé là où il ne fallait pas. Là où l’Algérie via son bâtard, le Polisario, fait fi de toutes les conventions internationales pour une poignée de sable et un passage vers l’océan.
Aujourd’hui Laghrissi diminué physiquement et atterré moralement erre sans le sou dans une société qui ne reconnaît pas les siens. Il n’a que le soutien du colonel Boughdadi et de son épouse.

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