Lahjouji en chef de parti

Les Forces citoyennes qui ont signé leur acte de naissance le 10 novembre dernier, à Casablanca, a très (trop?) vite été présenté comme le parti des entrepreneurs. Le raccourci médiatique rapidement emprunté est probablement dû au profil même de l’initiateur de cette nouvelle formation politique, Abderrahim Lahjouji, digne représentant de l’univers du patronat. L’ancien patron des patrons dont le passage à la CGEM a, dit-on dans les cercles casablancais, marqué la communauté des affaires est pourtant un ancien istiqlalien. Ancien souvenir politique jauni, bien au fond dans la malle à souvenirs de M. Lahjouji, président des instances transitoires du tout nouveau parti. Qu’en reste-t-il aujourd’hui, alors que Forces Citoyennes a achevé sa maÏeutique et tenu son assemblée constitutive ? La plate-forme de ce parti présentée, l’été dernier en grandes pompes, agence de communication à l’appui, est ambitieuse. «Pas suffisamment politique. On a comme le sentiment que les militants de Forces citoyennes veulent faire de la politique sans vraiment la faire. Un peu à l’inverse de M. Jourdain et de sa prose», précise un observateur du microcosme partisan. La charte fondatrice de cette structure est un catalogue de bonnes intentions érigées en valeurs devenues, aujourd’hui, le patrimoine commun de toutes les boutiques politiques. De l’entreprise citoyenne au libéralisme à visage humain en passant par l’initiative privée mais solidaire et la réhabilitation de l’exercice politique, Forces citoyennes reformule, à sa façon, des idées certes en vogue mais surtout communément admises. «Est-ce bien suffisant alors que nous avons une pléthore de partis ? Quel sera l’apport ce nouvel acteur de la scène politique ? Qu’est-ce qui fera que l’électeur lambda votera Forces citoyennes plutôt que RNI, USFP ou Mouvement Populaire?» s’interroge un politique sans vraiment trouver de réponses. Pourtant F.C a affiché ses objectifs dans ses statuts. Ainsi, et à en croire son article 2, le nouveau-né veut «réunir toutes celles et ceux désireux de rechercher l’intérêt national dans le cadre d’un parti qui veut promouvoir les responsabilités individuelles, l’égalité des droits et devoirs entre les citoyens, le libéralisme et la solidarité sociale nécessaires à la cohésion sociale». Vaste projet et bel ouvrage mais qui a l’inconvénient de ne rien dire sur le programme politique, économique, social et culturel de ses initiateurs. Le parti de l’ex-patron des patrons a-t-il des méthodes nouvelles pour mettre en oeuvre ses ambitions ? Va-t-il innover dans l’exercice politique au quotidien ? Quid de la démocratie interne, du partage du pouvoir et de la transparence ? Ce sont là autant de questions toujours sans réponse pour une formation politique dont les dirigeants reconnaissent avoir pour ambition «de politiser les compétences » et admettent volontiers que « l’acteur économique se confond dans l’acteur politique». Si l’USFP, le principal parti au pouvoir, a déjà salué la naissance de Forces Citoyennes en y voyant les prémisses d’un véritable pôle libéral au Maroc, le gué n’est pas pour autant franchi pour ses dirigeants. Les Forces ont jusqu’au mois de mars 2002 –date prévue pour la tenue de leur tout premier congrès – pour proposer un projet de société et pas seulement un inventaire de bonnes intentions.

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