L’amazighité s’invite au budget 2005

L’amazighité s’invite au budget 2005

A la Chambre des conseillers, une polémique est née autour d’un amendement déposé par le groupe du Mouvement national populaire (MNP) pour modifier le projet de loi de Finances 2005, actuellement à l’examen au niveau de la deuxième Chambre du Parlement. Le projet d’amendement concerne la création d’un Fonds pour le soutien de la production audiovisuelle amazighe.
Le gouvernement a manifesté, en coulisse, son refus d’accepter cet amendement car l’équilibre budgétaire ne permet absolument pas son adoption. Pour ce faire, le ministre des Finances, Fathallah Oualalou, a entre les mains un outil remarquable: l’article 51 de la Constitution. Cet article stipule que « les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence, par rapport à la loi de finances, soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique ».
Pour éviter que l’usage de cet article n’entraîne une crise au sein de la majorité gouvernementale, surtout pour une question aussi sensible que l’amazighité, le groupe du MNP a préféré retirer son projet d’amendement.
Certains ont assuré que c’est le Premier ministre, Driss Jettou, en personne, qui a pris l’initiative d’appeler le secrétaire général du MNP, Mahjoubi Aherdane, pour le convaincre de retirer le projet d’amendement déposé par le groupe de son parti.
«Faux!», rétorque Ahardane. « Je ne me suis entretenu qu’avec le ministre des Finances et il m’a assuré qu’il fera le nécessaire pour le prochain exercice », assure-t-il. Et d’ajouter : « nous avons patienté 40 ans, pourquoi ne pas attendre un an de plus. D’ailleurs, l’essentiel pour nous c’est que la question amazighe soit évoquée ». « Il n’y a pas à dramatiser, nous ne cherchons pas à faire la révolution. Notre but a toujours été de promouvoir l’amazighité, au même titre que l’arabité, mais nous sommes sages et nous avons donc préféré retirer le projet d’amendement pour des raisons purement budgétaires ». Ahardane affirme également que « l’amazighité a été longtemps combattue au Maroc ». Sans préciser l’identité des détracteurs de l’amazighité, l’Amghar a estimé que « maintenant les choses ont changé ». La création de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) est une illustration de cette avancée.
Pour ce qui est des militants amazighs qui auraient mal pris le retrait du projet d’amendement du MNP, Ilias El Omari, membre de l’IRCAM et de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), tient à tempérer cette colère. « Au Maroc, nous n’avons pas de problème pour le financement de la production audiovisuelle en langue amazighe ». Il pense, plutôt, que la carence se situe au niveau des producteurs eux-mêmes. »L’Ircam a d’énormes moyens financiers, la télévision également et tous les projets déposés sont systématiquement acceptés et financés », poursuit El Omari. Et de conclure que « l’exigence d’un fonds supplémentaire pour le soutien de la production audiovisuelle en langue amazighe est une pure surenchère politicienne ». Et pour cause, la question de l’amazighité est effectivement délicate au Maroc. Bon nombre d’intervenants, parfois malintentionnés, tentent de faire de cette question une source de discorde et de division. C’est la raison pour laquelle le rôle de l’IRCAM doit être renforcé. Non seulement en termes de représentativité, mais également et surtout en matière d’attribution et d’indépendance.

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