L’amour qui tue

L’amour est-il vraiment un sentiment noble? Si la réponse est affirmative, pourquoi il y a tant de crimes passionnels ? Pour quelle raison l’amoureux perd tant de temps pour tuer au nom de l’amour et pour remplacer cette belle émotion par la haine, l’animosité, la rancoeur et l’agressivité ? Des interrogations, sans doute, légitimes, comme on peut le constater à la lecture de cette chronique judiciaire. En octobre dernier, un jeune homme a tué, au nom de l’amour, son amante au quartier Laâyoune, préfecture Derb Soltan-El Fida, à Casablanca, parce qu’elle ne voulait plus de lui, après une relation amoureuse de sept ans. Il y a une quinzaine de jours, au début du mois sacré, une affaire semblable s’est produite à Aït Ourir. La seule différence entre les deux affaires est que la victime dans la seconde est le frère de l’amante. Quelles sont les causes et les circonstances de ce crime abominable? Saïd, trente-trois ans, se débrouille comme il peut pour gagner sa vie. Et, voilà qu’il tombe fou amoureux d’une fille de son quartier, alors qu’il n’avait que 28 ans. Il était séduit par cette belle fille, de bonne allure, tranquille, respectueuse, qui jouit d’une bonne réputation. Fatima était alors âgée de dix-huit ans. Mais rien ne s’obtient par la force, plutôt par la raison et l’amour mutuel. Alors Fatima n’était pas obligée d’aimer, elle aussi, Saïd. Elle a essayé de résister jusqu’au bout. Seulement, ce «jusqu’au bout» a fini tragiquement. A chaque fois qu’elle prenait le chemin de l’école ou pour faire des courses, Saïd la harcelait, lui exprimait son amour sans fin, lui rappelait qu’il ne l’abandonne pas pour un autre homme. «C’est moi et personne d’autre…», lui répétait-il à chaque fois qu’il la croisait : « je ne veux pas de toi…je ne t’aime pas…je ne suis pas obligée de t’aimer…», lui répétait-elle invariablement. Elle lui a exprimé clairement son refus d’entretenir une relation avec lui bien qu’il lui ait expliqué qu’il a l’intention de se présenter chez sa famille pour la demander en mariage. Ses réactions l’ont poussé à bout, au point de devenir agressif envers elle et sa famille. Il ne cessait de la menacer. « Je vais te tuer si tu continue à me repousser… », la menaçait- elle au point d’arrêter ses études. Les années passent et Saïd ne renonce pas. Il est allé jusqu’à violer le domicile de sa soeur quand elle n’était pas chez elle ; et il n’a arrêté qu’après l’intervention des voisins. En 1999, il n’a pas hésité à larder d’un coup de couteau la mère de Fatima quand elle voulait le raisonner. Certes, la police a arrêté Saïd qui a été condamné à six mois pour coups et blessures. Une fois libéré, il a repris ses provocations. Mais, la famille de Fatima n’est pas restée les mains croisées. Elle a déposé plainte contre lui et la police a entamé son enquête en interrogeant Saïd. Mais, ce dernier a repris ses provocations de plus belle. Il fallait attendre le sixième jour de ramadan, quand Fatima est sortie de chez elle pour aller chez sa soeur. Saïd la guettait et la suivait. A mi-chemin, il l’a saisie par ses vêtements. Fatima est retournée chez elle, en larmes. Son frère, âgé de vingt-six ans, a décidé de l’accompagner et pour demander à Saïd de la laisser tranquille. Sans lui laisser le temps de lui adresser la parole, Saïd a brandi un couteau et a asséné deux coups au niveau de la nuque du frère de Fatima, qui a poussé son dernier soupir sur place. Saïd est arrêté et traduit devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Marrakech poursuivi pour homicide volontaire.

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