L’ANAPEC à côté de la plaque

On se rend à l’évidence. La boucle est bouclée. L’opération des trente mille emplois virtuels orchestrée par l’agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) n’est qu’une arnaque. L’heure maintenant est aux communiqués.
Après l’ANAPEC, c’est la primature qui brise le silence en rendant public vendredi dernier un autre communiqué, à la suite des premières conclusions de l’enquête menée entre le 7 et le 10 octobre par la commission administrative, mise en place à l’issue de la réunion de la commission interministérielle tenue le 6 octobre sous la présidence du Premier ministre sortant. Ce communiqué souligne qu’il a été décidé « d’oeuvrer pour permettre à l’ANAPEC d’indemniser les 30.000 candidats au recrutement par la société émiratie Al Najat». «L’indemnisation englobera tous les frais occasionnés par la procédure», ajoute le communiqué, en précisant qu’il a été également décidé de «poursuivre les efforts en vue de circonscrire les retombées de ce dossier et prendre les mesures adéquates et nécessaires».
Toutefois, le communiqué en question ne précise pas la formule qui sera suivie pour indemniser les candidats arnaqués. Déjà, il indique le nombre de 30.000 candidats, alors que l’opération a mené en bateau plus de 80.000 jeunes diplômés. Ils ont tous déboursé 900 dirhams à la clinique Dar Essalam lors des visites médicales. Ils ont tous gaspillé leur argent, vendu leurs biens, pour couvrir les différents déplacements occasionnés par la procédure. Et surtout, ils avaient tous cru à la manne inespérée de l’emploi. Un grand espoir. Donc des dégâts matériels importants et surtout moraux pour l’ensemble des candidats. Comment l’ANAPEC pourrait-elle indemniser tout ça ? Selon quels critères? Et comment les candidats arnaqués pourraient-ils croire encore dans les propos d’une agence qui les a rassurés que l’opération est entourée de toutes les garanties pendant une longue période ? Une semaine avant le communiqué de la primature, l’ANAPEC avait publié un autre. «L’ANAPEC a fait tout ce qu’il fallait faire allant jusqu’à mener ses propres enquêtes et qu’aucun élément matériel pouvant faire douter de l’opération n’est apparu ni au début de l’inscription des candidats ni à tout autre étape», souligne le communiqué de l’ANAPEC, en précisant que l’agence est solidaire avec les candidats en exprimant son engagement à défendre leurs intérêts. Pour ce qui est des enquêtes, cela revient à dire que la mission a été complètement à côté de la plaque. Lorsque l’arnaque s’est confirmée, l’on se demande quelle était l’utilité de ces enquêtes occasionnant des dépenses énormes.
Le président directeur général de l’agence a fait le tour du monde et chaque fois il rassurait les candidats que l’opération n’est entachée d’aucune irrégularité. Dans ce sens, l’on se demande également quelle était l’utilité de tous ces déplacements. Et maintenant, il parle de la solidarité. Quelle autre supercherie! Hier, l’agence les a induits en erreur et aujourd’hui elle va les défendre. Quel paradoxe. Les manoeuvres de l’ANAPEC n’ont qu’un seul objectif : amortir le choc, et circonscrire le phénomène avec le minimum de dégâts. Lors du sit-in devant le siège régional de l’ANAPEC à Anfa, un candidat disait que c’est «une Agence Nationale pour l’Escroquerie et la Promotion des Conneries, et non pas l’Emploi et la Promotion des Compétences». Si elle avait mené sa mission dans les règles de l’art, on ne serait pas arrivé à cette situation dramatique. Et désormais, comment cette agence pourrait avoir une crédibilité dans le domaine de l’emploi ?

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