L’après-gouvernement

L’après-gouvernement

Le parti de l’Istiqlal connaît quelques remous internes depuis que la liste des ministres istiqlaliens qui font partie de l’équipe Benkirane a été dévoilée. Pourtant rien ne pouvait laisser présager une telle fronde, d’autant que celle-ci est orchestrée par les personnes les plus improbables. Au lendemain des élections législatives du 25 novembre 2011, le parti de l’Istiqlal, qui a renforcé contre toute attente son positionnement dans le champ politique, s’est vu attribuer par les électeurs le second rang suite au scrutin législatif, place de choix dans le cadre du système électoral marocain. Ainsi, au lendemain de l’annonce des résultats, c’est tout naturellement que le Parti de la justice et du développement prend attache avec le parti de l’Istiqlal conformément au choix exprimé par les électeurs afin de constituer le noyau dur de la future coalition gouvernementale et de dégager une majorité claire. Au terme de négociations marathon, le parti de l’Istiqlal sort son épingle du jeu: outre le poste prestigieux et tant convoité de la présidence de la Chambre basse, le parti décroche six portefeuilles ministériels dont le névralgique ministère des finances et de l’économie. Dans le cadre de ce scénario positif pour le parti de l’Istiqlal, des voix du comité exécutif se sont élevées contre le processus et ont combattu avec hargne les résultats auxquels a abouti leur formation politique. Pourtant, faut-il rappeler que le principe de participation au gouvernement Benkirane avait été adopté à l’unanimité par le comité exécutif du parti de l’Istiqlal et que cette option avait ensuite été votée par le conseil national du parti, qui est l’instance décisionnelle de la formation politique?
Ainsi on peut considérer que la fronde de certains membres du comité exécutif n’est pas sous-tendue par une équation idéologique ou par un positionnement de principe. Si l’option de participation au gouvernement ne pose pas de difficultés particulières, la fronde serait-elle liée alors à la nature même des portefeuilles ministériels confiés au parti de l’Istiqlal? Cette question ne peut que recevoir une réponse également négative. En effet, le parti de l’Istiqlal a réussi à décrocher non seulement un poste éminemment politique, mais également un poste technique, un poste transversal d’un poids considérable, un poste stratégique et social, deux postes à l’international qui peuvent servir le parti de l’Istiqlal dans le cadre de ses alliances à l’international et dans sa vocation à appuyer l’intégrité territoriale du Royaume. Reste la question même des profils des ministres représentant le parti de l’Istiqlal; là encore, le conseil national a confié au secrétaire général la lourde tâche de mener à bien cette étape; il ne relève plus par conséquent de la compétence du comité exécutif d’évaluer cette question. Toutefois, le secrétaire général du PI a fait le choix de l’expérience en privilégiant de proposer des profils connaissant les rouages de l’Etat, ayant une expérience managériale ou ministérielle à même de défendre les couleurs du parti dans le cadre de la coalition gouvernementale actuelle. Cette fronde est d’autant plus étonnante qu’elle émane pour l’essentiel de profils ayant intégré pour la première fois l’hémicycle à l’occasion des élections législatives du 25 novembre 2011 et qui sont appelés avant tout à renforcer le groupe parlementaire du parti avant d’aspirer à une quelconque responsabilité ministérielle, d’autant que deux d’entre eux ont été portés au Parlement par le mécanisme des listes nationales, privilège s’il en est. Les ambitions, si elles sont naturelles, ne peuvent se traduire en une politique de terre brûlée qui ne sert ni l’intérêt du parti ni celui de la Nation dans la mesure où l’objectif premier doit rester de faire réussir l’expérience gouvernementale actuelle tant les attentes des citoyens est grande. Les jérémiades de certains membres du comité exécutif sont probablement assez exaspérantes pour les militants, tant elles semblent motivées dans une large mesure par les seules ambitions personnelles. Les déclarations tonitruantes et les petites phrases du dimanche n’élèvent pas le débat et limitent la discussion à des questions de personnes et d’ambitions non assouvies. Pourtant, la bassesse des attaques ne doit aucunement cacher un enjeu réel que représente le congrès national du parti de l’Istiqlal. Faut-il rappeler que le secrétaire général du PI a été porté à la tête du parti pour un troisième mandat consécutif afin de renforcer sa position en tant que Premier ministre puis chef de gouvernement et que son départ de la Primature soulève de fait les questions de succession. Ces jeux de positionnement se feront de manière d’autant plus violente que le secrétaire général a, dans ses choix ministériels, rendu un service supplémentaire au parti de l’Istiqlal en cantonnant un courant vorace dans ce qui doit rester sa dimension réelle. Cette politique courageuse et sans concessions sera d’autant plus combattue que les enjeux à venir restent considérables: les élections locales, les élections de la Chambre haute, la mise en place des instances prévues par la nouvelle Constitution… Reste aux militants de faire leur choix en âme et conscience et en connaissance de cause…

  Par Amrani Abdessalam,
  Militant istiqlalien et chercheur

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