L’arroseur arrosé

Vendredi 27 juillet. Vers 22h30, Omar est attablé dans un café du Parc de La Ligue Arabe, à Casablanca. Peu après minuit, il quitte sa table, prend le chemin de son domicile. Il a vingt-quatre ans et il est chômage depuis trois ans. Il commet de temps en temps des petits larcins. Mais il ne semble pas se soucier ou tout au moins penser aux conséquences dramatiques que pourraient avoirs ces vols sur sa vie. Dramatique pour lui et pour sa femme et sa fille de trois ans qui sont à sa charge.
Croisement des rues Bouregreg et Baâlabek. Les fenêtres d’un appartement, au rez-de-chaussée, donnent sur la rue. Omar suit son chemin. Il est tout près des fenêtres. Et l’idée de voler lui vient aussitôt. Il se prépare sans réfléchir, ni se soucier si des personnes se trouvaient dans l’appartement ou pas. Il regarde un coup d’oeil à gauche et à droite, tire deux ou trois fois les volets de l’une des fenêtres. Ils cèdent. Il se saisit d’une pierre, scrute encore une fois les environs du regard. Personne. Il brise la vitre tout doucement. Il esclade la fenêtre et s’introduit dans l’appartement. Une veine pour lui et un malheur pour les occupants de l’appartement qui sont absents. Il commence par la cuisine, ouvre le réfrigérateur, prend une bouteille de vin rouge.
La deuxième étape : la visite de la chambre à coucher. Il ouvre l’armoire. Ses yeux s’ouvrent largement ; une vraie caverne d’Ali Baba. Il s’empare de 163.580 dh, 1.500 dollars américains, 4.000 Rials saoudiens, 6 chèques et des bijoux en or.
Il met le butin dans un foulard qu’il glisse dans un sachet en plastique noir. Omar accède par la suite au salon, enlève sa veste, ses chaussures et ses chaussettes, s’assoit sur un fauteuil. Il actionne le magnétoscope et ouvre la bouteille de vin rouge. D’une gorgée à l’autre, il finit par s’endormir dort. Vers 04h45, quelqu’un tente d’ouvrir l’appartement. C’est la propriétaire, son époux et leur fils revenant de leur voyage d’Essaouira.
Quel hasard ! Omar sursaute, se jette de la fenêtre, abandonnant sa veste, ses chaussures et ses chaussettes dans l’appartement. Ils ont été saisis par les enquêteurs de la police qui se sont dépêchés sur les lieux pour effectuer le premier constat d’usage.
Dans la rue, Omar hèle un petit taxi, demande au chauffeur de rester à sa disposition. «Je suis Saoudien, de la famille de Cheikh Soltane, d’une mère allemande et je demeure en Amérique…je serais généreux avec toi…», lui affirme-t-il. Le chauffeur, Mohamed, trente-six ans, père d’un enfant, accepte. Il a passé toute la journée du samedi avec lui, d’un bar à l’autre, rigolant, bavardant, dilapidant l’argent. Sans penser à son épouse et sa fillette qui l’attendent à la maison. Le chauffeur retourne chez lui pour aviser la famille qu’il allait accompagner Omar. Là, Omar est séduit par la belle-soeur de Mohamed; une divorcée de 25 ans, établie en France. D’un mot à l’autre elle accepte de les accompagner à Agadir. Une amie à elle, elle aussi, ressortissante marocaine en France de 24 ans, mère de deux enfants, leur demande de les accompagner. Omar accepte. Ils passent une belle nuit avant de retourner chez eux. Omar regagne un hôtel, oubliant sa famille. Les millions de centimes sont toujours en poche. Lundi. Dans l’après-midi. Le chauffeur, Mohamed, le rejoint. Ils sortent ensemble. Direction, Aïn Diab. D’un verre à l’autre et d’une entraîneuse à l’autre, Omar fini par plonger dans un sommeil profond dans un bar. En se réveillant, il ne trouve pas le chauffeur de taxi, Mohamed. Disparu.
Omar se rend compte qu’il a été volé, il commence à crier, à protester. La police intervient, l’arrête, le conduit au commissariat. C’est bel et bien lui qui a cambriolé l’appartement. Mais il ne lui reste du magot que 40 mille dirhams. Il a raconté tous l’histoire à la police. Le chauffeur, sa belle-soeur et son amie, ont été eux également arrêtés. La Chambre Criminelle près la Cour d’Appel de Casablanca a tranché sur leur affaire en condamnant Omar à 8 ans de réclusion, le chauffeur de taxi à 6 mois de prison ferme et les deux filles à 3 mois ferme.

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