L’ascenseur de la mort

L’ascenseur de la mort

L’affaire risque d’être jetée aux oubliettes comme un banal fait divers. Probablement parce que l’enquête est gelée en attendant le rétablissement des victimes encore en vie pour qu’elles soient entendues par la police. Pourtant, c’est un accident pas comme les autres de par sa nature et du fait qu’il n’est pas envisageable.
Abdellah Issoufagh, un retraité de l’ODEP, revenait chez lui après la prière du vendredi et sonna à la porte de son appartement qui se trouve à l’immeuble n°44 du boulevard Anoual. Aucune réponse. C’est à ce moment qu’apparaît le concierge, revenant également de la mosquée, pour ouvrir la porte. A peine ouvrit-il la porte qu’il entendit des cris et des gémissements venant du sous-sol. La découverte fut choquante pour le chef de famille qui s’aperçut qu’il s’agit de sa femme, ses filles et ses petites filles. La famille s’apprêtait à partir en vacances ce jour même. Prenant l’ascenseur pour descendre au rez-de-chaussée, les trois femmes et les deux bébés ne savaient pas que la machine allait effectuer une chute libre pour s’écraser au deuxième sous-sol.
Résultat : les trois femmes et les deux bébés ont eu des fractures et des traumatismes provoquant des hémorragies. L’une des mères des bébés n’a pas survécu à ses blessures et rendit l’âme le lendemain du drame. Sa mère 51 ans et sa soeur Nezha 27 ans souffrent de plusieurs fractures allant des côtes jusqu’aux jambes en passant par le bassin et se trouvent jusqu’à ce jour sous surveillance médicale dans une clinique privée. Les deux enfants, en l’occurrence Rim âgée de quelques dizaines de jours et Nada de trois ans n’ont pas été épargnées.
La première a eu la jambe droite fracturée tandis que la seconde a eu plusieurs traumatismes et une fracture à la main. Mais comment se sont déroulées les choses après l’accident ? C’est la police qui a été la première à être sur les lieux (quoique ce fut un jour férié) bien avant les éléments de la Protection civile que le concerné a été obligé d’aller chercher sur place.
Les victimes ont été acheminées vers la polyclinique de Derb Ghallef aux environs de 14h 15 «Nous avons été informés qu’on s’est bien occupé des victimes, que tout allait pour le mieux. Mais quelque temps après 19 h, un membre de ma famille est venu me dire que ma femme et ma fille agonisaient à cause du manque de soins. Apparemment, les dégâts n’ont pas été diagnostiqués à leur juste ampleur. Un comble.
Compte tenu de la gravité de leur état, nous étions obligés de les transférer vers la clinique Al Amine, le soir du vendredi, aux environs de 22 h», relate M.Issoufagh. Samedi à 8h du matin, «Nous avons pris contact avec Mondial Assistance par le biais de notre assistante sociale de l’ODEP. Ce n’est que vers 11h 05 que les ambulances médicalisées arrivèrent. Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux médecins spécialisés en la matière pour savoir combien faut-il de temps pour tenter de sauver une vie humaine. Qu’est-ce qui devait être fait ? Y a-t-il eu une quelconque négligence? En tout cas, je m’adresse à qui de droit pour qu’un suivi rigoureux soit effectué en permanence dans nos cliniques pour que de telles situations ne se reproduisent plus, et pour que les êtres humains ne perdent pas leur vie de façon fatale à cause de la nonchalance», ajoute ce père qui fait un immense effort pour ne pas céder à la panique. M.Issoufagh, et en attendant que la justice se prononce sur cette affaire, considère que la responsabilité incombe au propriétaire de l’immeuble et à la société qui a installé cet ascenseur de la mort.
Cependant, seule l’expertise et l’instruction ouverte à la suite du drame peuvent déterminer juridiquement les responsabilités. Mais bien au-delà de la paperasse et des responsabilités juridiques, les concernés ne semblent pas conscients de l’irresponsabilité morale en se démarquant à coups d’arguments et de contre-arguments. Le promoteur se défend arguant qu’il dispose d’un contrat en bonne et due forme de la société qui a installé l’ascenseur, tandis que les responsables de cette dernière avancent que le promoteur n’avait bénéficié à sa livraison d’aucune garantie légale car il n’avait pas souscrit un contrat d’entretien avec la société !! Or, il s’agit d’un immeuble flambant neuf tout aussi comme l’ascenseur installé.
Et la première des choses est le respect des mesures de sécurité, contrat ou pas, car il en va de la vie de gens innocents dont le prix ne serait certainement pas estimé a quelques milliers de dirhams (plus de 5000 dh) qui est la valeur du contrat de l’entretien de l’ascenseur. Entrepreneur, promoteur, constructeur… autant de termes qui évoquent la modernité et le changement de mentalité. Erreur.La difficulté chez nous n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes.

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