Latifa Cherif: Le cancer du sein est encore tabou !

Latifa Cherif: Le cancer du sein est encore tabou !

Entretien avec Latifa Cherif,  présidente de l’association «Les amis du ruban rose»

La troisième édition Sahraouiya a été associée à la sensibilisation au cancer du sein. C’est ainsi qu’aux côtés de Aicha Chenna, la seconde marraine de l’événement qui se tiendra du 30 janvier au 5 février est bien Latifa Cherif. Tombée dans la marmite du militantisme depuis son jeune âge, Latifa se bat pour la cause et rappelle que la vie existe toujours après le cancer du sein. Son témoignage et les actions menées dans le cadre de la sensibilisation au cancer du sein sont nombreuses. Les enjeux sont clairs quand on sait que le cancer du sein toucherait une femme sur huit. Mais la vie continue… Latifa Cherif nous le prouve à travers son témoignage.

ALM : Vous avez été nommée marraine de l’événement Sahraouiya pour la prochaine édition. Quel effet cela vous fait-il ?


Latifa Cherif :
La grande marraine de cette 3ème édition de la Sahraouiya à Dakhla qui se déroule du 30 janvier au 5 février est Mme Aicha Chenna présidente de «Solidarité Féminine» et cette année «Les amis du ruban rose» ont l’honneur et le privilège d’être la 2e association marraine de ce grand raid solidaire. Nous souhaitons vivement répondre à cet appel et serons au rendez-vous à Dakhla.

Quel est le message que vous souhaitez véhiculer lors de l’association à un tel événement ?

Le message que souhaitent véhiculer «Les amis du ruban rose» est un message d’espoir, de foi et croyance en l’avenir malgré la maladie, message de vie après le cancer. Ce message est une voie vers la guérison dès qu’il est capté.

Quelles sont les actions phares que vous avez organisées depuis la création de l’association ?

Elles sont diverses et de nature différente. L’essentiel est de créer une présence autour de ces femmes malades et de générer des recettes qui iront notamment à la sensibilisation et au dépistage du cancer du sein. Notre prochain événement est la pièce de théâtre «Bnat Lalla Manana» qui aura lieu le 11 février. Une soirée de musique andalouse est généralement prévue tous les mois de chaâbane. Nous organisons aussi des conférences animées par des médecins spécialistes afin d’expliquer le cancer du sein et surtout de le banaliser afin que cette période de traitements se passe au mieux. Concernant les femmes atteintes de cancer du sein, nous mettons à leur disposition des ateliers de relooking et de conseil en beauté pendant les traitements. Nous leur offrons aussi des séances de yoga et de méditation. Sur le plan psychologique, nous avons un groupe de paroles géré par un coach professionnel spécialisé en psychothérapie. Des marches aux côtés de championnes sportives sont aussi prévues pour permettre à ces femmes malades de retrouver leur tonus. Enfin, nous assistons ces femmes sur le plan nutrition et cela avec un spécialiste en nutrition pour les conseiller sur le contenu de leur «assiette».

Quel est votre sentiment par rapport à la sensibilisation du cancer du sein au Maroc ?

La sensibilisation du cancer du sein, qui est notre cheval de bataille, est en bonne voie mais elle demeure encore insuffisante dans les villes car les femmes ne répondent pas en grand nombre à cet appel qui a pourtant été lancé par la Fondation Lalla Salma, il y a plus de 10 ans ! Cet appel est, malheureusement, quasiment absent dans le monde rural. 

Quels sont les principaux obstacles à cette sensibilisation justement ?

Je pense que l’une des problématiques demeure au niveau de la pudeur et des mentalités marocaines car le cancer du sein est encore tabou! De plus, le simple mot «cancer» fait tellement peur qu’on n’ose pas le prononcer. Il existe des familles où l’on ne prononce pas ce mot et il est remplacé par «maladie X».

Avez-vous pu développer un réseau à l’international ?

Oui, nous avons des contacts avec des associations à l’étranger, notamment en France, des associations qui sont très actives dans les instituts de cancer régionaux. Nous partageons avec elles nos avis et apprenons de leur expérience car elles sont beaucoup plus anciennes que nous sur le terrain.

Combien de membres comptez-vous aujourd’hui et comment pourriez-vous recruter davantage dans les autres villes?

Nous comptons plus de 4.000 sympathisants (es) et une centaine de femmes malades adhérentes. Notre comité qui se compose essentiellement de femmes atteintes de cancer du sein est très engagé dans cette noble cause. Nous espérons aller vers d’autres villes du Royaume et sommes en contact avec des médecins proches du cancer du sein pour nous préparer le terrain avant d’y aller.

Le mot de la fin…

Le soutien psychologique est très important pendant les traitements. Il est en partie responsable de 70% de la guérison. Il faut casser le tabou et oser dire : «oui, j’ai un cancer du sein! Et alors?» Je ferais référence à la belle phrase de la célèbre actrice et productrice mexicaine Eva Longoria, porte- parole nationale de Padres Contra El Cancer, à savoir  «Celui qui tombe et se relève est bien plus fort que celui qui ne tombe jamais».  Vive la vie !

Une association au service de la vie

L’association «Les amis du ruban rose» est née suite à des rencontres entre femmes atteintes du cancer du sein. Elle a pour objectif principal de soutenir les femmes atteintes d’une affection ou d’un cancer du sein. Notre association est formée par un groupe de femmes, certaines en rémission du cancer du sein, d’autres récemment atteintes mais également des femmes amies, toutes des bénévoles pour soutenir, écouter et accompagner les malades et leurs proches. Notre principal objectif est de donner un message d’espoir, celui de la vie après le cancer du sein.

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